Neuengamme : un camp méconnu et pourtant le plus important du nord de l’Allemagne

Plus de 100 000 hommes et femmes (dont 11 500 Français) y furent déportés de toute l’Europe et plus de la moitié y perdirent la vie.

Neuengamme dans l’ensemble des camps nazis : Crédits Memoires de guerre

Pourquoi le choix de ce site ? La construction du camp

En septembre 1938, le commandement SS du Reich acquiert, à 20 km au SE de Hambourg, sur la rive droite de l’Elbe, dans une plaine marécageuse aux hivers très froids et aux étés chauds et humides, mais au sous-sol riche en argile, une briqueterie non exploitée depuis des années ainsi que les terrains avoisinants, soit plus de 50 ha. L’idée est de « produire à peu de frais un matériau réfractaire de première qualité en faisant travailler tous ces fainéants qui se trouvent dans nos camps de concentration… Ce fait ne devrait pas être sans intérêt pour vous-même et pour les administrations des travaux publics de Hambourg » Oswald Pohl, chef d’administration SS, au ministre DR Hans Nieland (Archives municipales de Hambourg StA HH, Finanzdeputation IV, DV III C3v, VIIIB2)

En décembre 1938, une centaine de détenus de droit commun du camp de Sachsenhausen sont transférés sur le site de Neuengamme (il était alors considéré comme « camp de travail ») pour y construire un nouveau camp de concentration et remettre en état l’ancienne briqueterie. La ville de Hambourg et l’entreprise Deutsche Erd-und- Steinwerke passent un contrat : la ville accorde un million de Reichsmarks, installera une liaison ferroviaire et aménagera le bras de l’Elbe, la SS fournira gratuitement la main d’œuvre concentrationnaire pour la réalisation de ces travaux. L’objectif est de contribuer à la réalisation d’une partie du grand projet architectural qui sert de propagande au régime ; ce sera « une porte ouverte sur le monde, […] une vitrine des réalisations nazies. » (sources : site de l’Amicale de Neuengamme et de ses Kommandos et KZ-Gedenkstätte-Neuengamme.

Travaux de terrassement à la rivière Dove-Elbe; au 1er plan, la pelle à la main, Salo Blecher   Photo de la SS 1941-42 (NIOD 244F/82867) Crédits: KZ-Gedenkstätte-Neuengamme
Les SS installent le camp sur le site de l’ancienne briqueterie désaffectée et y font construire la nouvelle usine.
Wagonnets devant la rampe de l’ancienne briqueterie. Crédits KZ-Gedenkstaette Neuengamme, 2009 (Ang 2014-541)

En 1940, Neuengamme devient un camp autonome qui dépend de l’Inspection des Camps de Concentration (IKL) ; il y a alors 1 000 détenus. Avec la guerre et l’occupation de l’Europe, ce nombre augmentant vite, ateliers et usines sont construits dans l’enceinte du camp. Les Français arrivent en grand nombre en 1944.


Vue depuis le mirador sur l’ancien site du camp de concentration de Neuengamme : les baraques d’hébergement, la place d’appel et au fond la cheminée du crématoire, mis en service en mai 1942. Crédits : 25e bataillon belge de fusiliers à Neuengamme, 1945 (ANg 2004-795)

Les méthodes du système concentrationnaire… à Neuengamme, comme celles de tous les camps

Ce dessin de Pierre Fertil illustre la solidarité entre les déportés, une des conditions essentielles pour survivre (voir explications et crédits à la fin de cette note)

« Le camp de Neuengamme partage de nombreuses caractéristiques avec les autres camps nazis. Au travail forcé et à l’insuffisance de nourriture qui devaient limiter la survie du déporté à 9 mois en moyenne, s’ajoutaient la volonté de déshumanisation arbitraire, les exécutions sommaires, les sévices de toute sorte, les appels interminables… » Extrait du mot de bienvenue du Président de l’Amicale, Jean-Michel Clère, à l’occasion de l’ouverture du nouveau site internet de l’Amicale de Neuengamme.

Un camp malheureusement comme les autres, donc qui exécute, déshumanise : ceci est décrit avec précision sur le site de la Gedenkstaette dans l’onglet « historique » ICI qui renseigne sur le quotidien des déportés, leur travail, les gardes SS et la fin du camp avec des photos prises par les SS en 1941, 1942, 1944.


Le camp en 1948
À l’intérieur du camp : ancienne baraque de désinfection (« bains-douches des détenus »), cachot, baraque des cuisines ; au fond à gauche, le bâtiment en pierre pour l’hébergement des déportés, encore en place aujourd’hui. Crédits: Reiner Rump, avant la démolition des baraques en 1948 (Ang 2011-73)

Ils étaient à Neuengamme et beaucoup y ont laissé leur vie

Année Fév 1940 Fév 1941 Fin 1942 Mi-1943 Fin 1943 Fin 1944 Mars 1945 Avril 1945
Nombre de déportés 2 900 4 500   9 500 (dont 58 000 au camp central)   49 000 (dont 10 000 au camp central) 40 393 (dont 12 000 au camp central) 100 000 enregistrés
dont                
nombre de femmes           10 000 11 768 Plus de 13 000 enregistrées
nombre de décès 432 491 3 083 (10%mois)   3 991 5 692 6 224 au cours 1er trimestre 1945 Environ 2000/mois (6 derniers mois)

Au moins 42 900 personnes ont perdu la vie à Neuengamme dont environ 14 000 au camp central et au moins 12 800 dans plus de 80 Kommandos extérieurs. Au moins 19 100 ont succombé dans les dernières semaines (évacuations, bombardements, tragédie de la baie de Lubeck…)

Renseignements plus détaillés et source des données sur le site KZ-Gedenkstätte-Neuengamme

Registre des morts tenu à l’infirmerie-mouroir du camp central de Neuengamme 26/03/1943 (Ang 1996-491)  Crédits

Les Kommandos

Comme le montre ce tableau ci-dessus, les détenus sont de plus en plus nombreux après 1942 et surtout 1944. Des ateliers et usines sont construits dans l’enceinte du camp ainsi que des bâtiments pour loger les déportés et 84 Kommandos extérieurs sont créés dont 20 réservés aux femmes, 8 étant situés dans la ville de Hambourg : il faut répondre aux besoins de l’économie de guerre, déminer les bombes réparer les routes et les voies ferrées.

Les conditions de travail, de logement, et de terreur des SS ont déterminé les conditions de vie. Les plus grands camps satellites sont ceux de Brême-Farge, créé en octobre 1943 (avec les 3 000 détenus et 7 000 travailleurs forcés étrangers, prisonniers de guerre et prisonniers d’un « camp d’éducation ouvrière » il construisit un bunker sous-marin) et de Salzgitter-Drütte créé en octobre 1942 et qui compta jusqu’à 3 000 hommes contraints de travailler dans la production de grenades pour les usines Hermann Göring.

Carte des Kommandos Crédits et lien (voir paragraphe ci-dessous)

En zoomant, cette carte permet de situer les Kommandos (hommes et femmes) y compris ceux inclus dans la ville de Hambourg.

Certains sont très éloignés du camp central comme celui d’Aurigny, créé en mars 1943 et placé sous l’autorité administrative de Neuengamme. Il est affecté à la construction de fortifications sur cette île anglo-normande occupée.

D’autres « centres extérieurs » dépendent du camp de Neuengamme et se trouvent dans la ville de Hambourg. Le zoom de la carte permet de les situer dans la ville. La direction du complexe pénitentiaire de Fuhlsbüttel est transférée à la SS en 1933 ; il devient un camp de concentration et incarne la terreur la souffrance et la mort. D’octobre 1944 à mai 1945, la SS utilise une partie du bâtiment comme détachement extérieur du camp de concentration de Neuengamme. Plus de 200 déportés originaires de 10 pays y meurent des suites des traitements inhumains. Le 21 avril 1945, les SS transfèrent 58 hommes et 13 femmes au camp central et les exécutent

Porterie, site commemoratif de Fuhlsbüttel Crédits

Assassinats d’enfants juifs dans l’école de Bullenhuser Damm

Dans le camp central, le médecin SS Kurt Heißmeyer pratique sur des déportés des expériences médicales relatives à la tuberculose. En novembre 1944, il a fait venir du camp de concentration d’Auschwitz dix filles et dix garçons âgés de cinq à douze ans. Les enfants sont encadrés par deux médecins français et deux soignants néerlandais, déportés pour faits de résistance. Afin de dissimuler ces actes criminels, quelques jours avant la fin de la guerre, ils sont conduits dans une école utilisée comme détachement extérieur du camp et située dans la rue Bullenhuser Damm dans le quartier dévasté de Rothenburgsort. Les vingt enfants sont assassinés avec leurs 4 accompagnateurs ‒ dont deux médecins français, le professeur Florence de Lyon et le docteur Quenouille de Villeneuve-Saint-Georges ‒ dans la nuit du 20 avril 1945. Le médecin SS Trzebinski a exposé au procès de Neuengamme comment les vingt enfants avaient été drogués puis pendus à des tuyaux dans les caves de l’école par les SS. Au cours de la même nuit y sont également pendus au moins 24 déportés soviétiques. Aucun corps n’a été retrouvé.

Crédits Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD)
crédits FMD
Stèle dans la roseraie du site commémoratif Bullenhuser Damm Crédits : KZ-Gedenkstätte Neuengamme, 2013. (ANg 2014-472)

Le site de Poppenbüttel.

De septembre 1944 à mai 1945 est implanté dans le quartier Sasel de Hambourg un détachement extérieur du camp de concentration de Neuengamme. Environ 500 femmes, en majorité juives, provenant du ghetto de Lodz, transportées à Sasel via le camp de concentration d’Auschwitz, sont affectées à des travaux de déblaiement dans le centre-ville de Hambourg ainsi qu’à la construction d’un baraquement dans le quartier Poppenbüttel. Les détenues affaiblies et affamées doivent accomplir des travaux exténuants. Un grand nombre d’entre elles meurent de sévices, d’épuisement ou de maladie.

Pour aller plus loin sur ces 84 Kommandos, le site KZ-Gedenkstätte-Neuengamme (ICI) fournit la liste des Kommandos, hommes et femmes, avec leur situation, leur historique, leur production. On peut aussi consulter la rubrique « librairie » du site de l’Amicale (ICI) qui propose des dossiers spécifiques de beaucoup de Kommandos.

Parmi les caractéristiques du camp de Neuengamme, il faut citer les « Ducancé ».

Dans sa chronologie du camp, le site KZ-Gedenkstätte-Neuengamme évoque, à la fin du mois de juillet 1944, l’aménagement d’un « camp de proéminents » pour les « détenus spéciaux » français. La revue Mémoire vivante (n° 68 de mars 2011) consacre un dossier à ce camp, celui des  » Ducancé  » (car internés à Compiègne au camp « C »), des  » déportés de marque ». Ces 366 détenus, dont les 2/3 sont arrêtés entre le 6 et le 11 juin 1944, ‒ la corrélation avec les opérations en Normandie est évidente ‒ sont envoyés à Neuengamme en juillet 1944, dans des conditions moins mauvaises que les détenus « ordinaires ». Beaucoup d’entre eux sont des résistants ‒ 1/4 fait partie d’un réseau ou d’un mouvement de résistance ‒ ou des opposants au régime allemand, ils ont un statut social : cadres supérieurs, magistrats, professeurs d’Université, élus ‒ 23 maires, l’ancien Président du Conseil, Albert Sarrault et l’ancien ministre Henri Maupoil ‒ qui fait d’eux une monnaie d’échange pour les nazis. À Neuengamme, leurs conditions de détention n’ont rien à voir avec celles des autres détenus : un appel moins matinal et moins long, pas de travail forcé, ils organisent même des activités intellectuelles pour combattre l’oisiveté. La Croix-Rouge basée à Hambourg obtient leur évacuation le 12 avril 1945. Leur périple indiqué sur le croquis ci-dessous ( source et crédits, Mémoire Vivante, FMD, page 7) les conduit à Brézany le 1er mai, non loin de Prague.

D’après Mémoire Vivante, il semblerait qu’en réalité, les  » Ducancé  » soient passés près de leur assassinat collectif, pensé dès leur départ de Neuengamme, d’après des papiers découverts sur le corps d’un des Allemands tués lors de l’attaque de sa voiture par des maquisards tchèques. Toujours d’après cette source, l’évacuation des  » Ducancé » de Neuengamme et leur vie sauve jusqu’à leur retour correspondent donc à  » une succession d’événements inattendus dont la désorganisation et l’agonie des forces allemandes sont sans doute à l’origine « . Et de conclure, «  leur exécution en mai 1945 en aurait peut être fait des martyrs; leur libération en fait des marginaux de la répression nazie ». En effet, les  » Ducancé  » souffrent de la comparaison avec les autres déportés : 15 seulement (sur les 366) ne sont pas revenus; on est loin des chiffres des déportés passés au camp central et dans les Kommandos. Il n’est pas question ici de trancher le débat entre ceux qui ne comprennent pas  » l’oubli » des déportés du « Camp C » dans les listes du Mémorial et ceux qui estiment qu’ils ne «  partagent pas les mêmes souvenirs que les autres déportés ». Laissons la conclusion au 1er président de l’Amicale, Marcel Prenant, qui les appelle  » déportés de marque« , ce qui rend bien compte des singularités des « Ducancé ».

Les évacuations (toute leur chronologie est disponible sur le site de la Gedenkstätte)

Crédits FMD
Dessin de Pierre Fertil

Elles commencent à la fin du mois de mars par l’évacuation des Kommandos extérieurs vers Bergen-Belsen et se prolongent jusque mi-avril. Elles sont  marquées d’épisodes tragiques comme le massacre de Gardelegen le 13 avril de plus de 1 000 détenus venus du camp de Dora et des camps extérieurs de Neuengamme, évoqué sur ce site dans la note Ici, alors que les bombardements s’intensifient et que les Alliés progressent, resserrant l’étau. Ainsi, le 8 avril, un convoi de déportés provenant du Kommando de Salzgitter subit à Celle un bombardement suivi de massacres : plus de 2 000 déportés y trouvent la mort.

La progression des forces britanniques, début avril 1945, oblige à détourner les convois destinés à Bergen-Belsen vers Sandbostel et Wöbbelin pour les déportés provenant de Kaltenkirchen, Porta Westfalica (voir le site KZ-Gedenkstätte-Neuengamme, ICI), Schandelah, Fallersleben et Helmstedt-Beedorf (voir le  dossier n° 2, sur le Kommando de Fallersleben, disponible sur le site de l’Amicale), entre le 12 et le 19 avril. Ces deux camps ne sont ni équipés, ni préparés à recevoir une telle masse de détenus. Ils se transforment rapidement en mouroirs dans lesquels des milliers de personnes meurent de faim et de maladie. On ne connaît pas le nombre de détenus de Neuengamme qui périrent dans ces « mouroirs »(source Kz- Gedenkstaette Neuengamme editions Temmen)

Dessin de Pierre Fertil

Depuis mars 1945, Neuengamme était le point de regroupement pour tous les Norvégiens et Danois prisonniers en Allemagne, résultat d’une concession de Himmler au vice-président de la Croix-Rouge suédoise, le comte Folke Bernadotte (Himmler, voulant négocier un armistice avec le gouvernement britannique, espérait un contact avec eux par l’intermédiaire du diplomate suédois). C’est ainsi que plus de 4 000 prisonniers scandinaves (dont 1 200 détenus norvégiens et danois) sont évacués le 20 avril : c’est l’opération « bus blancs ».

Évacuation des déportés scandinaves à bord de bus de la Croix-Rouge Photographe inconnu 1945 (MDF Gr;31.8309) Crédits KZ-Gedenkstätte-Neuengamme

L’ordre d’évacuation du camp central est donné le 19 avril. La SS fait alors disparaître les traces de ses crimes : les dossiers sont brûlés, les baraques nettoyées et les instruments de supplice détruits. C’est dans ce contexte que se situent les crimes relatés plus haut : exécutions des enfants et des déportés soviétiques de la rue Bullenhuser Damm et de 58 hommes et 13 femmes transférés de Fuhlsbüttel .

Plus de 9 000 déportés sont acheminés jusqu’au port de Lübeck dans des wagons de marchandises.

La tragédie de Lübeck

Comme il n’y avait plus de camps pour recevoir les détenus, des bateaux sont réquisitionnés pour embarquer plus de 9 000 détenus. Du 19 au 26 avril, quinze trains les transportent vers le port de Neustadt où la marine allemande posséde une importante base sous-marine. Les détenus sont répartis à bord de trois navires ancrés au large : le paquebot de croisière « Cap Arcona » (4 500 détenus) et les cargos « Thielbek » (2 800 détenus) et « Athen » (2 000 détenus). Le 30 avril, la Croix-Rouge suédoise réussit à en faire libérer 400, (Français, Belges et Hollandais), parmi lesquels des femmes de Ravensbrück et un groupe d’hommes provenant de Dora qui sont emmenés par bateau en Suède le 2 mai 1945. Les autres prennent la mer avec leur chargement de déportés, arborant le pavillon à croix gammée soit, d’après la FMD, « avec l’intention de les faire périr en mer, soit de les « marchander ».

Le 3 mai 1945, en début d’après-midi, l’aviation britannique au cours d’un raid sur Neustadt, destiné à empêcher le repli d’une partie des troupes allemandes par la Baltique, attaque les navires. Le « Cap Arcona » prend feu puis chavire, le « Thielbek » coule en vingt minutes. L’ »Athen », toujours à quai, est épargné (il a hissé des drapeaux blancs). Ce 3 mai 1945, 7 300 déportés périssent dans les eaux glacées de la Baltique ou sont abattus en essayant de se sauver. Quelques-uns, parvenus malgré tout sur les plages, sont alors traqués et mitraillés par les jeunesses hitlériennes ou par des marins. Malgré tout, 350 rescapés du  » Cap Arcona », dont onze Français et 50 du « Thielbek » dont quatre Français, survécurent au drame. Hambourg capitule. (source FMD)

 » Je revois ces torches incandescentes / Ce feu maudit / Qui fut la dernière tourmente / Mais le Cap Arcona / Les entrailles tordues / Sombrait amèrement / Dans sa course perdue ».

André Migdal (Neuengamme)

Le Cap Arcona en feu dans la baie de Lübeck ©IWM, Londres Crédits FMD
Crédits FMD
Crédits FMD
Dessin de Pierre Fertil

Le 2 mai, les SS quittent le camp avec les derniers déportés. Les soldats britanniques d’un commando de reconnaissance qui atteignent le camp le soir même signalent, après une première visite, que le camp est vide : Neuengamme devient un « camp méconnu » qui n’a donc pas été « libéré » au sens où nous l’entendons pour les autres camps (Auschwitz, Buchenwald…).

Les derniers déportés sont libérés le 10 mai à Flensbourg sur la Baltique.

Dessin de Pierre Fertil Déportés montrant leur joie à la libération du camp
Ce dessin de Pierre Fertil, de Mai 1945, illustre les sentiments contradictoires des déportés à leur libération, libres, mais sans leurs camarades qui ont laissé leur vie à Neuengamme

Après 1945

Tous les renseignements concernant la Mémoire du site de Neungamme  sont détaillés sur les pages web  de l’Amicale et du portail de la Gedenkstaette. Cette dernière permet de découvrir le Centre de Mémoire de Neuengamme (ICI), un des plus grands d’Allemagne, et les expositions permanentes.  Le site internet de l’Amicale de Neuengamme, mis à jour et complété actuellement est accessible ICI

Dès 1953, le président français de l’Amicale Internationale (AIN) de Neuengamme, Jean-Aimé Dolidier (Mle 31 859), un survivant de ce camp, fait réaliser une première colonne commémorative sur le terrain de l’ancien jardin horticole du camp sur lequel les SS faisaient répandre les cendres de la combustion du four crématoire.

En 1965, fut érigé un autre mémorial se composant d’une stèle, d’un mur du souvenir avec les nationalités gravées en tablette et de la sculpture, « Le détenu agonisant », œuvre d’une ancienne déportée, Françoise Salmon.

Déporté agonisant Crédits: P.Evans, Amicale de Neuengamme

Le nouveau site de l’Amicale, ouvert le 3 mai 2020, date anniversaire de la tragédie de Lübeck, vous donne toutes les informations concernant les déportés, mais aussi les actualités et activités de l’Amicale. Il permet aussi de consulter le « Mémorial », la base de données comportant les noms de plus de 9 700 déportés français, résultat d’un travail de plus de trente ans et régulièrement mis à jour.

Vous trouverez aussi des renseignements sur les pèlerinages : celui de 2020, initialement prévu du 1er au 5 mai, est reporté en 2021 et donc à nouveau remis (de nouvelles dates seront communiquées dès que possible), et le bulletin de N’oublions jamais.

Les cérémonies prévues pour le 75e anniversaire de la fin du camp ont été annulées.

« Pour nous, la décision d’annuler les cérémonies commémoratives dans cette année spéciale [due à la crises sanitaire, NDLR] n’a pas été facile à prendre. Mais la santé de nos invités passe en premier. Nous espérons de tout cœur pouvoir renouveler nos invitations l’année prochaine. » (Prof. Detlef Garbe, Directeur du Mémorial du camp de concentration de Neuengamme, Docteur en histoire, Université de Hambourg).

Cependant, la Gedenkstaette a organisé, en comité restreint, une cérémonie dans le camp de Neuengamme. Une gerbe a été déposée au nom de l’Amicale française.

Une gerbe a été déposée au nom de l’Amicale française , Crédits Amicale de Neuengamme

Sur le site web de la Gedenkstätte, treize anciens déportés, des représentants d’associations de prisonniers de nombreux pays, des représentants politiques allemands ainsi que les directeurs de la Fondation des mémoriaux et lieux didactiques de Hambourg et du Mémorial du camp de concentration de Neuengamme répondent à la question : Que signifie pour moi le 75e anniversaire de la libération ? Voir aussi la Page Facebook du Mémorial  (ICI). Tous les textes de la commémoration virtuelle qui a eu lieu à l’occasion du 75ème anniversaire de la fin de la guerre et de la libération des camps de concentration sont traduits en français. Ils sont accessibles en cliquant sur ce lien, ICI.

En conclusion, voici un extrait du Manifeste de l’Amicale adopté le 13 mai 2010 (la totalité est sur son site ICI):

« Nous, déportés survivants du camp de concentration de Neuengamme et de ses Kommandos, familles et amis, proclamons notre attachement indéfectible aux valeurs communes issues de la résistance et de la tragique expérience concentrationnaire.

Les années passées depuis la Libération et le décès de nombre d’entre nous n’ont pas affaibli nos convictions…

Par tous les moyens dont nous disposerons, nous ferons connaître ce qui s’est passé à Neuengamme et dans ses Kommandos, en particulier auprès des jeunes générations que nous invitons à s’investir à leur tour pour développer cette œuvre de mémoire. »

Principales sources utilisées:

Fondation pour la Mémoire de la déportation (FMD), dont Mémoire vivante (n° 68 de mars 2011)

Amicale de Neugamme et de ses Kommandos et la KZ-Gedenkstätte-Neuengamme que nous remercions. Les dessins de Pierre Fertil nous ont été communiqués par l’Amicale de Neuengamme, avec la permission de publication. Qu’elle soit ici tout particulièrement remerciée.

Né en 1923 en Loire Atlantique, le jeune Pierre Fertil utilise déjà ses talents en dessin pour fabriquer de faux papiers. Il est arrêté lors d’une rafle et déporté à Neuengamme avant de se retrouver au Kommando de Blumenthal et, en avril 1945, à Sandbostel. Le 11 mai 1945, il peut enfin écrire à sa famille: « OUF! Les barbelés n’existent plus. Je n’ai plus cette hantise de la mort…. ». Après la guerre,  il reprend ses études pour devenir médecin, « subjugué par l’importance des médecins en KL, je décide de faire médecine ». Ses dessins témoignent  de sa sensibilité, de son expérience vécue de déporté qui lui permet de montrer les conditions de survie des déportés, tout comme la monstruosité de ses bourreaux. Mais ils témoignent aussi de la capacité de l’être humain  à espérer et à garder sa dignité d’Homme. Chacun des dessins de Pierre Fertil est produit selon son inspiration, au gré d’un souvenir, d’une lecture, abouti ou inachevé, « croqué » parfois sur un morceau de papier journal, mais aucun ne laisse indifférent.

(Source, Archives départementales du Calvados)

Les titres en italique sont ceux mentionnés dans le Cahier des Archives départementales du Calvados. Toutes les reproductions : crédits photographiques, l’Amicale de Neuengamme.