Le camp de Dachau : UN SYMBOLE

Ce camp est le symbole des crimes contre l’Humanité de l’univers concentrationnaire, au même titre que le camp d’extermination d’Auschwitz rappelle le génocide du peuple juif.

Dachau est le premier camp de concentration d’État du Reich, créé par Hitler le 22 mars 1933, un mois seulement après son élection comme chancelier. Il est aussi l’avant-dernier camp libéré par les Américains, le 29 avril 1945, la veille de la mort d’Hitler. 

Le camp « modèle »

Porte principale du camp de Dachau 1947, source Wikipédia

Dachau connaît d’emblée une publicité extraordinaire, la presse quotidienne rendant compte des nouveaux convois de détenus, arrêtés par la police bavaroise puis gérés par la SS, ces deux organismes ayant comme chef le même homme : Heinrich Himmler. Le camp devient la référence, le modèle, l’école du crime SS, formant à « l’École de la Violence » les futurs cadres et gardiens SS des camps. Il sert de prototype pour les 1 650 camps ultérieurs (infrastructure, organisation, fonctionnement).   Source : Amicale de Dachau

Dachau est situé dans une plaine marécageuse d’où on extrait la tourbe, au NO de Munich, dans un site isolé qui convient totalement aux critères recherchés par les nazis, l’isolement et la sécurité. Ouvert en 1933, il regroupe les « éléments considérés comme dangereux pour la sécurité du peuple allemand », des « politiques », ennemis de l’intérieur et adversaires du régime, installés dans des baraquements d’une fabrique d’explosifs désaffectés. Outre ces opposants « politiques » sont aussi emprisonnés des citoyens pour des raisons  d’idéologie raciale et « d’hygiène sociale » (homosexuels, Sinté, Roms, juifs après les pogromes de 1938) ou étiquetés « asociaux ».


Déportation d´habitants juifs de Baden-Baden au camp de concentration de Dachau (Archives fédérales allemandes) Source Gedenskätte Dachau

Le camp

Tel que les déportés le connaîtront, il est construit en 1937. Il comprend la zone de détention de sécurité, avec, entre autres, la place d’appel d’une capacité de 40 à 50 000 hommes, les 34 « blocks » dont 2 servent d’infirmerie – le Revier –, le four crématoire, reconstruit en 1939 par des religieux polonais et la zone administrative et fonctionnelle avec les logements des SS, les espaces verts…

Photographie aérienne du camp de concentration de Dachau, 20 avril 1945, Source
Gedenkstätte Dachau

Cette photographie aérienne montre le camp de Dachau le 20 avril 1945.

Les différentes couleurs illustrent les différents secteurs du camp de concentration, chacun avec sa propre fonction.

La zone verte avec les 34 baraques disposées symétriquement correspond au camp des détenus.

La zone orange représente l’exploitation agricole que les SS appelaient par euphémisme « le jardin d’herbes aromatiques ». Les détenus durent y effectuer du travail forcé à partir de 1938. Étant données les conditions de travail brutales, les détenus nommèrent ce site « Plantage » (plantation).

Le secteur de la Kommandantur SS est indiqué en bleu. Le crématoire faisait également partie de cette zone.

La zone jaune correspond au camp de formation SS, dans lequel les SS étaient formés idéologiquement et militairement. C’est là également que se trouvaient les bâtiments administratifs, les logements, les bâtiments de services ainsi que des ateliers où des détenus devaient travailler. Vers la fin de la guerre, le site du camp de Dachau fait plus de deux kilomètres carrés.

Cette photo de 1945 est à comparer avec celle de 2006 qui décrit le site actuel de Dachau

Sur cette photographie aérienne, on aperçoit le site de l’ancien camp de concentration de Dachau. La zone verte montre l’emplacement du mémorial du camp. Le mémorial comprend l’ancien camp des détenus, le site du crématorium et de petites parties de l’ancienne zone de la Kommandantur.

Les photos et les commentaires sont extraits du site Gedenkstätte Dachau

Le camp: 12 ans de fonctionnement

Après 1940, avec la répression des résistants au nazisme venus de toute l’Europe, le nombre des déportés connait une forte croissance, les détenus allemands sont minoritaires, moins de 10 %.

Comme dans les autres camps de l’Ouest, l’évacuation des camps de l’est, commencée en 1944 et poursuivie en 1945, provoque un afflux de détenus (plus de 84 000 après juin 1944) avec son lot d’aggravations des conditions de vie (conditions de travail exténuantes, manque d’hygiène, expériences pseudo-médicales…).

À ces dégradations de conditions de vie s’ajoute l’épidémie de typhus entre décembre 1944 et mai 1945 due à l’arrivée de détenus venant de Hongrie et infestés de poux (17 342 décès, et 2 200 après la libération du camp). 

Dachau reçoit plus de 200 000 détenus, dont plus de 14 500 Français. 41 500  y sont morts.

Sources des données chiffrées : Gedenkstätte Dachau  texte: Gedenkstätte Dachau, Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD), Mémoire vivante, n° 33

Pour plus d’informations sur le camp jusqu’en 1945, voir la page Gedenkstätte Dachau et pour s’informer plus précisément sur le camp de 1933 à 1945, on voir le site de l’Amicale de Dachau

Les camps extérieurs (Kommandos)

Le camp de Dachau disposait, principalement dans le sud de la Bavière, d’un vaste réseau de 140 camps extérieurs au total, comme en témoigne la carte ci-dessous :

Source, Mémoire des Déportations
Pour voir la liste des kommandos, site de l’Amicale de Dachau

Le travail au camp et dans les Kommandos

Les prisonniers sont contraints de travailler principalement dans le secteur des armements aériens. Un déploiement sur un site extérieur, en particulier dans les détails des travaux de construction, équivalait à « l’extermination par le travail ». ( » Le travail rend libre« ) (!)

En 1944, alors que les raids aériens alliés infligent de plus en plus de dégâts et entravent gravement la production d’armements, le ministère des Armements construit des sites de fabrication souterrains à l’épreuve des bombes, en particulier dans les Kommandos de  Mühldorf et Landsberg-Kaufering. Plus de 30 000 prisonniers y ont enduré des conditions de travail et d’emprisonnement meurtriers ; plus d’un tiers d’entre eux n’ont pas survécu (source Gedenkstätte)

L’organisation clandestine

Comme dans d’autres camps, une organisation clandestine se constitue à Dachau.

Initiée par des communistes allemands, elle s’internationalise et se diversifie par la suite. D’autres nationalités et d’autres tendances politiques (chrétiens démocrates, socialistes, etc.) s’unissent et un Comité international se crée. Chaque groupe national a sa direction clandestine.

Malgré la surveillance des SS et de leurs agents de renseignements, solidarité et résistance tiennent bon chez les déportés : actions spectaculaires (défilé du 14 juillet 1944 par les Français se rendant à l’appel, refus collectif d’obéissance le 4 septembre 1944 à l’appel après l’annonce de l’exécution prévue de 92 officiers soviétiques), solidarité quotidienne (nourriture récupérée pour les plus faibles) et sabotage (source Mémoire vivante n° 33).

En avril 1945, lorsque l’ordre de ne pas laisser un détenu tomber vivant entre les mains ennemies est connu du Comité international, des groupes de combat se créent au sein des Kommandos de travail ainsi que des groupes de sécurité dans les Blocks afin de prévenir toute provocation. Des documents ou copie de documents ont réussi à être mis à l’abri lorsque les SS, pressentant la défaite, commencent à détruire archives et documents compromettants pour effacer les traces de leurs crimes. Quelques membres du Comité international préparent en secret la mise en place d’une direction nouvelle et d’une police interne pour le moment où les SS disparaîtront. (Source FMD).

Les évacuations

Au camp de Dachau, l’ordre d’évacuation générale est donné le 28 avril au matin. En fin de soirée, un Comité international est instauré pour maintenir l’ordre. Il impose des laissez-passer pour contrôler les déplacements, tout relâchement de la discipline pouvant tourner au désastre. Le 29 avril, vers midi, une unité de la 45e division d’infanterie américaine atteint le camp en longeant la voie ferrée et tombe sur le train de Buchenwald.

Le train de la mort de Buchenwald-Dachau

Parti le 7 avril de Buchenwald pour Flossenbürg avec 4 480 détenus, ce train de 39 wagons est dérouté vers Dachau, en raison de l’avance américaine. Le 29, les soldats découvrent ce train stationné à proximité du camp, rempli de cadavres. Seuls les vivants sont rentrés dans le camp, les morts ont été laissés sur place. Ce « train de la mort » devient un des symboles de la barbarie nazie.


Des soldats de la 45e division d’infanterie américaine sont chargés d’encadrer de jeunes garçons de la Jeunesse hitlérienne obligés de regarder les cadavres de déportés entassés dans un wagon près du camp de Dachau, avant leur inhumation  30 avril 1945 Source :site Canopé  

Peu après cette macabre découverte, un détachement de la 42e division d’infanterie pénètre dans le camp et désarme les gardes. Des milliers de détenus enfin libres sortent acclamer leurs libérateurs.

Les détenus saluent leurs libérateurs (USHMM) Source Gedenkstätte Dachau

Mais le sort de milliers d’autres de leurs camarades des Kommandos extérieurs et camps annexes, demeure incertain. Le Kommando d’Allach (créé en 1943 à l’ouest de Munich, il travaillait au profit des usines d’aviation de la firme BMW et incluait également une fabrique de porcelaine; il a compté jusqu’à 10 000 détenus) vit, comme beaucoup d’autres, des instants d’angoisse extrême sur la conduite finale des SS avant d’être libéré le 30 avril 1945.

Le site commémoratif de 1965 à aujourd’hui

Dès 1955, le Comité International de Dachau est constitué, et 10 ans après, le site commémoratif du camp ouvre ses portes et présente une exposition.  La nouvelle, inaugurée en 2003, permet de suivre le « chemin des déportés » de leur arrivée au camp, pendant leur détention et jusqu’à leur libération. D’autres expositions permanentes sont visibles. Voir le site Gedenkstätte Dachau

En 2020, la cérémonie de commémoration du 75e anniversaire de sa libération, qui devait accueillir plus de 2 000 personnes a été annulée, comme celles des autres camps et comme toutes les commémorations prévues pour cet anniversaire. Ce fut une décision « particulièrement difficile pour toutes les parties concernées en raison de son importance et de celle que l’événement revêt pour tant de personnes » (Source, site Gedenkstätte Dachau).

Cependant, cet anniversaire n’a pas été oublié : « 2 cérémonies virtuelles » se sont déroulées à Dachau.

-le 29 avril, jour anniversaire de la libération avec les autorités bavaroises ( voir cette cérémonie ICI)

-le 3 mai, jour prévu des commémorations. Voir le site du Mémorial

Merci à M J.M. Thomas, président du Comité International de Dachau (CID) pour l’envoi des liens permettant de vivre ou de revivre ces deux journées.

Même sans présence  physique, l’émotion est tout aussi présente et les liens tout aussi vivants.

La minute de silence des autorités bavaroises, le 29 avril 2020