Flossenbürg, un camp « oublié »

Comme pour les autres camps de concentration, les cérémonies prévues à Flossenbürg pour le  75éme anniversaire de sa découverte ont été annulées. Mais nous continuons, à notre façon, de rendre hommage à celles et ceux qui, « par leur esprit de résistance, leur volonté et leur profond attachement à préserver leur dignité, ont surmonté des conditions inhumaines malgré la présence et la menace permanentes de la mort…. De tout cela, rien ne doit être oublié…. » (Message de la Journée nationale du  souvenir des victimes et des héros de la déportation, 26 avril 2020)

« Rien ne doit être oublié » pour celles et ceux qui ont été les victimes de cette idéologie meurtrière,  mais aussi par nous, les générations suivantes.

A « l’occasion du 75éme anniversaire de la libération du camp de Flossenbürg », le Consulat général de France à Munich a déposé une gerbe pour, dit son communiqué, rendre  » hommage aux déportés et victimes de la barbarie nazie internés dans ce camp, parmi lesquels figurent 5 000 de nos compatriotes »


Gerbe du Consulat général de France à Munich 27 avril Photo: Ministère de l’Europe et des affaires étrangères  

« Flossenbürg ressemble à une ville de barbelés et de briques, aux abords de la carrière de granit. L’alignement des baraques, étagées sur la colline, reflète parfaitement l’esprit de la planète concentrationnaire : les déportés n’y sont plus que des matricules, inscrits à même la peau. Chacun d’entre eux doit se plier à la méthodique entreprise de déshumanisation nazie. Un déporté qui tombe, c’est un simple chiffre en moins. Le poteau des pendaisons publiques est dressé pour l’exemple, commun rappel constant de la précarité de la vie. Sous-hommes traités en sous-hommes, il faut pour les détenus trouver dans la fraternité aléatoire des baraques un soutien, un ami, un regard humain, un geste, en fait quelque chose qui aide à tenir et à subir. A la libération (…) Le malheur s’arrête. Mais les cauchemars et les souvenirs commencent. » Source Mémoire et Vigilance n° 36, janvier 2003

Pour mieux connaître ce camp « oublié »,  l’Amicale de Flossenbürg nous propose le texte de Robert Deneri, ancien président de l’association de Flossenbürg  de 1996 à 2001, déporté à Sachsenhausen puis à Flossenbürg (Matricule n° 45623). En une page, il évoque ce camp, de ses origines à sa libération au mois d’avril 1945.

Des compléments à ce document permettront à nos lecteurs de mieux connaître ce camp, afin qu’il ne soit plus « oublié ». Les extraits du texte de Robert Deneri seront indiqués en italique

Le camp de Flossenbürg, un parmi de nombreux autres

Le camp de Flossenbürg, un parmi de nombreux autres Source Fondation pour la Mémoire de la Déportation

En Allemagne, le camp se situe dans « le Haut-Palatinat bavarois, près de la frontière, à 800 mètres  d’altitude au cœur d’une forêt dans l’Oberpfalz tchèque


Le camp en 1940 Source  Kz-Gedenkstätte Flossenbürg

Le choix de ce lieu correspond aux critères recherchés par les SS: isolement et éloignement des voies de communication, exploitation du granit (voir ci-dessous) qui permet de participer aux grands travaux prévus par le régime nazi, à l’industrie allemande, et à l’effort de guerre, sans frais de main d’œuvre !

Le camp

Plan du camp principal Source Association de Flossenbürg

Les kommandos extérieurs sont nombreux: 95 kommandos, dont 69 en Allemagne et 26 en Thécoslovaquie [ République tchèque aujourd’hui, NDLR]. Ils sont créés après 1942, lorsque les détenus sont mis au travail pour alimenter l’industrie de guerre. Selon l’Amicale de Flossenbürg, 47 kommandos (9 de femmes et 35 d’hommes) auraient accueilli des Français.

Les camps satellites; voir la liste sur le site Mémoire des Déportations
« le camp de concentration de Flossenbürg devient à partir de 1942 la centrale d’un système concentrationnaire largement ramifié » KZ-Gedenksätte Flosse,nbürg

« Le travail imposé tourne toujours autour de deux grands axes: d’une part  l’industrie de l’armement, et en particulier de l’aéronautique avec des usines Messerchmitt, et d’autre part les travaux du sol dans les carrières de granit, le forage de tunnels et d’usines souterraines« .

La Gedenskätte de Flossenbürg surnomme la ville: la localité du granit  » en raison de ses gisements de granit, de nombreuses carrières y sont mises en œuvre à partir de la fin du XIXème siècle.

Ouvrier-carrier sur la colline du château-fort 1896 Source KZ-Gedenskätte-Flossenbürg
 

Cette carrière, distante d’environ 300 mètres du camp, comportait les fronts d’extraction proprement dits et une entreprise attenante où le matériau était transformé en pierre de taille.

Dans cette carrière, les accidents sont à l’ordre du jour. Le froid, le travail exténuant, la nourriture totalement insuffisante et la violence arbitraire des SS mènent à la mort de nombreux détenus. Source :Mémoire et Vigilance,  n° 36, janvier 2003   

La photo suivante (sur laquelle on voit la carrière) ne doit cependant pas faire illusion, quant au quotidien des détenus. Elle date de 1942, et, de plus, est prise par un SS.

Appel pour le repas 1942 Source KZ-Gedenskätte -Flossenbürg

Les conditions de vie (de survie?) se sont détériorées au fur et à mesure de l’avancée de la guerre, surtout après 1943. Pour la plupart des détenus, la question déterminante est « comment vais-je arriver à survivre demain? » (Source KZ-Gedenskätte-Flosssenbürg)

C’est dans les Kommandos de Hersbruck, de Johanngeorgenstadt et de Leitmeritz que les taux de décès sont les plus importants parmi les Français avec respectivement 74, 59 et 55 %.

Au total, on estime à 84 000 hommes et 16 000 femmes originaires de plus de 30 pays, le nombre d’internés à Flossenbürg, entre 1938 et 1945 (Source KZ-Gedenskätte-Flosssenbürg). Robert Deneri évoque 5344, dont  965 femmes, le nombre de Français passés par ce camp avant avril 1945

Les évacuations

En mars 1945 près de 53 000 prisonniers étaient détenus à Flossenbürg, dont 14 500 dans le camp principal.

En outre, en avril 1945, des milliers de déportés évacués d’autres camps, en particulier de Buchenwald, arrivent à Flossenbürg, entre deux « marches de la mort », sans y être immatriculés…

…Le 20 avril 1945, alors que les troupes alliées approchent, le camp est évacué en quatre colonnes qui comprennent au total 14 800 détenus, dont l’une atteint Dachau. Lors de marches forcées d’environ 80 km, 7 000 périssent alors que les survivants sont libérés le 23 avril 1945 sur la route de Cham (Cham est à environ 80 km de Flossenbürg [NDLR]) par une colonne blindée américaine, tandis qu’une autre libérait le camp lui-même le même jour

Les évacuations :
La moitié des détenus envoyés sur ces « routes de la mort » périt, ce qui correspond au rythme effarant d’un mort d’épuisement ou par balle toutes les 35 secondes ! (Source FMD)

Max Kögel, commandant du camp lança entre 25000 et 30000 déportés dans les marches de la mort, du 15 au 20 avril 1945. Un premier convoi, de Juifs, arrivé de Buchenwald fut envoyé à Theresienstadt, tandis que quatre colonnes principales furent dirigées à pied vers Dachau: une seule atteint son but, les autres errèrent jusqu’à leur rencontre avec les Alliés.

Les évacuations de Flossenbürg illustraient l’impasse d’une situation qui n’en finissait pas de finir. Dans les sites reculés, les gardes ne montrèrent aucun scrupule à liquider les détenus qui n’étaient plus capables de se remettre en marche et, lorsque la progression se trouva définitivement bloquée, ils eurent à choisir entre massacrer les détenus et fuir, ou abandonner leurs prisonniers en disparaissant. Le hasard, ou la personnalité d’un SS a fait la différence. (Source FMD)

Le 23 avril, lorsque les membres du 358 ème et du 359 ème régiments d’infanterie américains libérèrent Flossenbürg, un peu plus de 1 500 détenus restaient dans le camp. Environ 200 moururent après la libération.(Chiffres, Source Encyclopédie Multimédia de la Shoah   Les détenu(e)s des Kommandos de Rabstein et Zwodau sont libéré(e)s par les Soviétiques le 8 mai. ( Mémoire et Vigilance,  n° 36, janvier 2003)

Un terrible bilan humain

Durant les sept années de son existence, plus de 100 000 détenus furent internés au camp de concentration de Flossenbürg et ses Kommandos, parmi eux plus de 5200 Français et Françaises. Plus de 30 000 personnes sont mortes dans le complexe du camp de Flossenbürg à cause d’assassinats ciblés, de conditions de vie catastrophiques et de l’enfer des marches de la mort. Le nombre de personnes assassinées et décédées dans le camp principal devrait se situer entre 13 000 et 15000. Plus de 10 000 hommes et femmes sont morts dans les Kommandos. Il est impossible de chiffrer, avec exactitude le nombre des victimes des marches vers la mort, mais il dépasse probablement 8000. (Source, site de l’Association de Flossenbürg   )

Le bilan en pertes humaines des déportés français est très lourd : environ 60% . La Fondation pour la Mémoire de la déportation explique ce chiffre élevé par le fait que, d’une part, la plupart d’entre eux vient d’un autre camp, Buchenwald, Dachau, voire de prisons, et l’état sanitaire général est déjà très altéré et que, d’autre part, les Français n’ont jamais détenu de position clé dans la hiérarchie interne déléguée par les SS aux détenus. Ils sont donc envoyés dans les Kommandos les plus durs comme celui d’Hersbruck où la mortalité dépasse 73%,ou à la carrière de granit, ou encore au creusement des galeries de Leitmeritz. (SourceMémoire et Vigilance,  n° 36, janvier 2003)   

75 ans après…

Un mémorial avec une stèle portant les noms de déportés morts à Flossenbürg a été érigé après la guerre à la demande des associations. Il accueille chaque année les cérémonies du souvenir à la mémoire des morts à l’occasion du pèlerinage qui a lieu au mois de Juillet.


Pèlerinage de Juillet 1980. Porte-drapeau, Laurent Alibert et Marcel Burtin. Ce dernier a été interné au Struthof, transféré à Buchenwald, puis à Flossenbürg au kommando de Janovice (république tchèque aujourd’hui) Mle 1429 Photo Association de Flossenbürg

Le terrain sur lequel était implanté Flossenbürg ayant été « privatisé » après guerre, il ne subsiste plus du camp que quelques vestiges comme le crématoire, une partie du « Bunker » aménagée en musée et une chapelle construite postérieurement.…

Ce patrimoine a été rendu à la Fondation des mémoriaux, mais une autre partie du camp reste propriété communale et sa récupération se heurte à des obstacles liés au droit des communes allemandes. Un lotissement desservi par une route communale a été construit sur les terrasses des anciennes baraques. La route dissocie l’espace entre la Kommandantur et la place d’appel : des démarches sont faites régulièrement pour obtenir la réintégration de ce domaine au patrimoine de la Fondation allemande…. Dossier suivi par l’Amicale de Flossenbürg… (Source Mémoire et Vigilance,  n° 36, janvier 2003)

Site internet de l’Association de Flossenbürg

Après plusieurs mois de développement, l’association de Flossenbürg  vous informe de l’ouverture de son nouveau site internet : ICI

Mot du Président de l’Association à cette occasion:

« Depuis sa création en 1945, il y a maintenant 75 ans, l’Association des déportés et Familles des disparus du camp de Concentration de FLOSSENBÜRG et Kommandos, n’a cessé d’accumuler et de diffuser des informations et des connaissances afin de préserver et de transmettre l’histoire du camp et la mémoire des déportés.

Ce nouveau site  permet aux familles des déporté.e.s de trouver ou de transmettre des informations liées à l’histoire de ces dernier.ère.s.

Il permet aux enseignants et à leurs élèves de compléter les livres d’histoire, par des témoignages, dont la portée émotionnelle engendre l’échange et la réflexion collective.

Il permet de créer du lien entre toutes les générations et d’inviter les plus jeunes à relayer ces informations.

Nous souhaitons qu’il permette de tisser des liens avec d’autres associations, d’autres nationalités, en relayant, nous-mêmes, leurs informations.

Nous vous invitons à le consulter régulièrement, car de nouveaux documents vont être intégrés, de nouvelles interviews sont en cours.

 Nous vous souhaitons une bonne visite sur notre site ».

F. Hernandez, Président de l’Association des Déportés et familles des Disparus du Camp de Concentration de Flossenbürg et Kommandos

Merci à l’Association de Flossenbürg pour son aide et le partage de ses documents