«Ce qu’était Bergen-Belsen»

« …60 ans que nos nuits sont visitées. Visitées par les souvenirs de ce que j’appelle “là-bas”, c’est-à-dire, le monde du Mal Absolu ».

Ces mots sont extraits de l’ouvrage de Francine Christophe Le Pêle-Mêle (p. 62, chapitre 14, sous le titre : « Ce qu’était Bergen-Belsen »). « Là-bas », c’est Bergen-Belsen, découvert le 15 avril 1945 par les Britanniques.

Le Memorial à l’entrée du camp Source

Le camp de Bergen-Belsen 

Il est situé à 60 km au NE de Hanovre, entre cette ville et Hambourg, dans la lande de Lunebourg, en Basse-Saxe

Situation du camp de Bergen-Belsen Source

« Une grande route centrale et, de chaque côté, des enclos séparés par des barbelés. Des baraques dans chaque enclos. » (Francine Christophe, Une petite file privilégiée Ed. L’Harmattan p 71 chap. Bergen-Belsen)

Plan du camp Source
Légende Source

Ce plan et la légende qui l’accompagne résument à eux seuls l’histoire complexe de ce camp qui a connu divers statuts jusqu’à celui de « mouroir », terme non officiel du vocabulaire nazi, mais reflet de la réalité. Plusieurs aspects de la Seconde Guerre mondiale et de la politique national-socialiste de persécution et d’anéantissement se retrouvent ainsi dans l’histoire des différents camps situés à Bergen-BelsenExtrait du site

Le Plan du camp avec l’échelle donne aussi une idée de la complexité du camp ou, plutôt des différents camps . Voir ce plan en suivant ce lien Source

L’histoire de Bergen-Belsen est tout aussi complexe que son plan comme le prouve cette page du site  » Mémoire des Déportations » qui met en parallèle la Seconde Guerre mondiale et ses besoins en armements, la politique national-socialiste de persécution et d’anéantissement qui « se retrouvent ainsi dans l’histoire des différents camps situés à Bergen-Belsen »… Lequel, sans être « un camp d’extermination ou un lieu d’exécutions massives par fusillades … est un camp où les détenus meurent  suite à la négligence systématique, à l’arbitraire et aux violences des SS. » Source

Bergen-Belsen, « épicentre des évacuations »

Source : Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD)

À partir de décembre 1944, Bergen-Belsen est la destination des convois d’évacuation. Ils  convergent alors d’un peu partout vers ce camp qui devient « l’épicentre des évacuations » de détenus. Ces rescapés des « marches de la mort » arrivent à pied des annexes de Neuengamme, ou par convois de Dora-Mittelbau, Buchenwald, Sachsenhausen, Flossenbürg et même Leonberg, une annexe de Natzweiler. On a pu parler à propos des envois à Bergen-Belsen « d’épurations avant évacuations ». (FMD)

Augmentation des effectifs des détenus à Bergen-Belsen. (Chiffres Fmd)

Décembre 1944 : environ 15 000
1er février 1945 : environ 22 000
1er mars 1945 : environ 41 520

On comprend la faim, les épidémies et la surmortalité qui s’accroît après février 1945 avec l’arrivée du typhus, d’autant plus que les nazis nourrissent l’épidémie avec l’arrivée de nouveaux convois.

En mars 1945, 18 500 décès sont dénombrés à Bergen-Belsen. Il n’y a plus d’eau, plus de nourriture; le crématoire ne suffit plus à brûler les morts, les cadavres s’entassent à même le sol et dans les baraques.

Évacuations et libérations

À partir du 6 avril, les « juifs d’échange » sont évacués par 3 convois vers Theresienstadt ; un y arrive, les deux autres sont libérés en cours de route par les Américains à Magdebourg, l’autre, le « transport perdu » est libéré par les Soviétiques près de Tröbitz, en Saxe, le 23 avril, après 3 semaines d’errance. C’est dans ce train convoi que se trouvaient Francine Christophe et sa mère, atteinte du typhus, ainsi que le bébé né à Bergen-Belsen et sa mère.

Bergen-Belsen après le 15 avril 1945

Après pourparlers et négociations, le camp est remis aux autorités militaires britanniques le 15 avril.

Kramer, prisonnier des Britanniques Source Canopé , CNRD
« les fers aux pieds, le bourreau est sous bonne garde » Mémoires de guerre
Lorsque Joseph Kramer prend ses fonctions de commandant du camp de concentration de Bergen-Belsen, les conditions d’existence des “Juifs d’échange” commencent à ressembler au régime concentrationnaire. Avec les Kapos, détenus chargés de certaines fonctions par la SS, et les « souris grises », les surveillantes, les conditions d’existence, précaires dès la création du camp, se dégradent de plus en plus.
 
Source FMD
En complément sur les témoignages et les photos prises par les libérateurs, voir un article de Télérama qui, bien qu’il soit de 2015, garde toute son actualité quant aux questions que se posaient les photoreporters confrontés à l’horreur  » comment photographier l’extermination de masse ?  L’article est ICI en suivant ce lien

Ce que les Britanniques trouvent remplit la presse mondiale : « 55 000 loques humaines et 10 000 cadavres non-inhumés ».

cuisine ambulante installée par les Britanniques Source Mémorial de la Shoah

Il leur est impossible de juguler la mortalité. 15 000 personnes meurent encore avant la fin du mois de juin. Le 21 mai 1945, les baraques sont brûlées pour empêcher la diffusion de l’épidémie. Les derniers survivants sont évacués à la fin du mois de mai à cause de la quarantaine.

Source FMD
Le camp de Bergen-Belsen avait disparu de la surface de la terre. Seules sont restées les fosses communes dans la lande qui rappellent à tous ce qui s’est passé à Bergen-Belsen. Extrait de Eberhard Kolb, Bergen-Belsen. Du « camp d’hébergement » au camp de concentration 1943-1945,
Vandenhoeck und Ruprecht, 1985, pages 46-51
(traduction de l’allemand par Françoise Manfrass) Source Canopé

Parmi les 120 000 détenus à Bergen-Belsen, on estime à 50 000 le nombre de morts, de faim, de maladies et de violences. 3 000 enfants de moins de 15 ans ont été internés à Bergen-Belsen, 500 âgés de 18 mois à 15 ans survivaient à la libération. Source

La solidarité pendant la détention et après la libération

Source FMD