Le camp de Gross-Rosen et son évacuation

Le camp de Gross-Rosen est fondé en août 1940 aux confins de la Pologne, à 60 km de Wroclaw (Breslau), dans l’ouest de la Pologne actuelle.

Voir la situation du camp dans l’ensemble du Reich allemand, Source FMD

Il avait pour objectif d’exploiter une vaste carrière de granit blanc et noir de Silésie d’une vingtaine d’hectares, acquise par la DEST (Entreprise Terre et Pierre Sarl, appartenant à la SS) en 1940.

La carrière de pierres de Gross-Rosen , source KZ Gedenkstaette Dachau

D’abord Kommando du camp de concentration de Sachsenhausen, les dirigeants SS décident, dès 1941, de créer un camp autonome, avec ses propres Kommandos de travail. Le camp d’origine, ou « petit camp », prévu pour un effectif de 7 000 détenus, couvre une superficie d’environ 7 hectares. Un campanile unique en son genre se dresse curieusement sur la place d’appel, sa cloche rythme la vie du camp en sonnant les rassemblements, parfois en annonçant lugubrement les pendaisons publiques. Nombre de témoignages évoquent l’aspect monotone du camp, illustré par ses vingt-deux blocs identiques et alignés jusqu’au crématoire.

Vue du camp de Gross-Rosen, Allemagne 1942 source Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz

En 1944, après des agrandissements successifs, le  camp doit permettre d’atteindre une capacité de 45 000 détenus. Or, on estime le nombre de détenus à presque 80 000  en juin 1945, dont 26 000 femmes, juives pour la plupart.

Le camp de Gross-Rosen en 1945

Le camp de Gross-Rosen est ajouté à la catégorie III (la plus dure) du classement de KZ, à côté de Mauthausen, en septembre 1942. Courant 1943, l’extension du camp s’accompagne de l’installation d’ateliers plus ou moins importants pour l’industrie de guerre (Siemens & Halske, Blaupunkt, Wetterstelle…).

Le camp de Gross-Rosen essaime à son tour avec de nombreuses “filiales”(camps annexes et Kommandos) implantées au rythme des besoins de l’économie de guerre du Reich, notamment à la suite des dégâts causés par les raids aériens des Alliés et des besoins engendrés par la « guerre totale ». L’activité de ces « filiales » est donc liée à l’armement et à la guerre : montage d’avions, production de pièces d’artillerie, aménagement de terrains d’aviation, fabrication de produits chimiques pour gaz de combat, fabrication de chars, etc. L’une des caractéristiques du camp de Gross-Rosen réside dans la proportion importante de Kommandos de femmes, avec un effectif global d’environ 26 000 détenues, dont une forte proportion de Juives, notamment hongroises, beaucoup provenant d’Auschwitz (à partir de l’automne 1944, avec l’évacuation de ce camp), et de nombreux résistants faits prisonniers dans les combats de Varsovie lors de l’insurrection (avril-mai 1943).

Les camps secondaires de Gross Rosen

A noter, à propos des camps extérieurs :

Un des plus connus est celui de Brünnlitz, en Bohème, créé dans une ancienne usine textile grâce aux efforts d’Oskar Schindler. Après la fermeture de ce camp à Cracovie-Plaszow, 1 100 prisonniers juifs qui avaient travaillé pour Schindler furent envoyés à Brünnlitz où ils purent survivre à la guerre.

(extrait du site du Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah, http://memorial-wlc.recette.lbn.fr/article.php?lang=fr&ModuleId=202

 On estime qu’à la fin 1944 environ 200 000 détenus sont passés par Gross-Rosen. Dans leur immense majorité, ils sont  polonais et russes, les autres se répartissant en 24 nationalités différentes. La mortalité augmentant rapidement (toute évaluation de la mortalité est délicate faute de statistiques précises), le crématoire construit en 1941 est insuffisant. En 1943, les responsables nazis passent commande d’un nouvel ensemble à quatre chambres; en janvier 1945, les installations des crématoires II et III de Birkenau sont démontées et envoyées à Gross-Rosen

Quelques mois avant la fin de la guerre, des déportés transférés d’autres camps transitent par Gross-Rosen. Ce sont en particulier les détenus des camps de l’Est, comme Auschwitz, évacués face à l’avance de l’Armée rouge. La surpopulation entraîne la propagation d’une épidémie de typhus et, entre le 8 février et le 23 mars 1945, le camp doit être à son tour évacué vers les camps de Buchenwald, Flossenbürg, Dachau et surtout Dora et ses Kommandos. Par des températures pouvant atteindre 20 à 25 degrés au-dessous de zéro, plus de 30 000 détenus sont ainsi embarqués dans des trains découverts, des conditions entraînant une effroyable hécatombe. Seuls les malades sélectionnés dès le 6 février restent sur place. Le 13 février 1945, les troupes soviétiques entrées dans le camp ne trouvent que quelques survivants.

Source FMD
L’évacuation de Gross-Rosen fut progressive. Dans les dix premiers jours de janvier, environ onze camps secondaires de la rive Est de l’Oder furent rapatriés au camp central puis évacués par rail vers le Reich. Les détenus des camps de basse Silésie furent envoyés vers les Sudètes et le protectorat de Bohème Moravie en marche de la mort.

Il est difficile de disposer de données fiables sur le nombre total de victimes du camp de Gross-Rosen. Le chiffre global de 40 à 45 000 pour la période 1941-1945 semble approcher la réalité.

Aujourd’hui un mémorial évoque la souffrance de ceux qui ne sont plus.

Sauf mention contraire, les photos sont extraites du site du Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah https://www.cercleshoah.org/

http://memorial-wlc.recette.lbn.fr/article.php?lang=fr&ModuleId=202

Source du Texte: Fondation pour la Mémoire de la Déportation , FMD

mémoire vivante numéro 46