Il y a 75 ans, le 17 janvier 1945, le camp d’Auschwitz était évacué

Le 17 janvier 1945, l’approche d’unités de l’armée soviétique des faubourgs de Cracovie par le Nord et le Nord-Ouest déclenche la décision d’évacuer les quelque 60 000 détenus du camp d’Auschwitz et de ses annexes (notes 1 et 2 ci-dessous). Dans la nuit du 17 au 18 janvier le camp est évacué et le 27 de ce même mois, la 60e armée du 1er Front ukrainien libère les quelque 8 000 détenus, malades et souvent incapables de se tenir debout, dont des enfants.

Le camp d’Auschwitz, même s’il est le plus connu, n’est pas le premier à être libéré.

Le camp principal du Struthof-Natzweiler, en Alsace, est évacué par les nazis en septembre 1944, mais les camps annexes ont continué de fonctionner. Ils seront évacués en mars avril 1945, dans le cadre des Marches de la mort.

Au total, environ dix millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont passés par les camps.

Telle une hydre aux têtes multiples, le IIIe Reich implante son système d’enfermement et de destruction dans une très grande partie de l’Europe (Musée de la Résistance nationale de Champigny).

Ci-dessous, carte des camps de concentration source Fondation Mémoire de la Déportation (FMD)

Notes 1 et 2

  • Pour comprendre ce terme, et toute la complexité du camp d’Auschwitz que le terme « complexe d’Auschwitz » illustre dans sa globalité, voir le site http://memoiresdesdeportations.org/fr/carte et la carte de géolocalisation interactive.
  • Cette carte met en évidence le fait que le « camp d’Auschwitz » est le plus vaste des complexes créés par les nazis dans le cadre de la « solution finale », le génocide de toutes les communautés juives.
    Il comprenait Auschwitz I, le camp de concentration du début, Auschwitz II–Birkenau, un camp de travail et d’extermination et Auschwitz-III-Monowitz, un camp de travail au service de l’IG-Farben, qui y avait installé une usine de caoutchouc.

Dans les pays occupés, les opposants, les résistants sont pourchassés, arrêtés, déportés dans les prisons du Reich, des forteresses et surtout dans les camps de concentration surveillés par les SS : C’est la déportation de répression.

La déportation de persécution vise à exterminer ceux que les nazis considèrent comme n’étant même pas des êtres humains, tels les Juifs. En Pologne, Ukraine, Biélorussie, Roumanie et Pays Baltes les nazis et leurs complices commencent dès 1941 à mettre en application « la solution finale ».

On avance aujourd’hui le chiffre de 76 000 déportés de France en raison des persécutions antisémites dont 11 000 enfants et 58 520 victimes de la répression  auxquels il faut ajouter  au moins 7 000 victimes de la répression en Alsace-Moselle annexée, 8 300 Français arrêtés en Allemagne, 160 Tsiganes, 6 300 Républicains espagnols ayant servi dans l’armée française et transférés dans le camp de Mauthausen.
(source principale Cercle  d’étude de la déportation et de la Shoah)

L’évacuation des camps

En 1944, il s’agissait de soustraire les détenus à l’armée soviétique ou aux armées occidentales et de redéployer ailleurs la main d’œuvre (essentiellement juive et slave) encore utilisable. Les malades et impotents que les SS ne purent éliminer à temps, furent abandonnés sur place.

Dans les premiers mois de 1945 et jusqu’à la capitulation finale, les choses se compliquèrent. La question ne se limitait pas à régler le sort des incurables et des « inutiles », envoyés dans des camps mouroirs ou exterminés par d’autres moyens. Celle du sort des autres détenus, encore valides, se posa, surtout à partir d’avril 1945. Fallait-il les exterminer, regrouper cette main d’œuvre encore exploitable pour organiser des réduits de résistance, ou encore marchander leur survie ? Ces questions se posaient dans un contexte de désorganisation du pouvoir, laissant place aux initiatives des chefs locaux, eux-mêmes partagés entre fanatisme et désir de sauver leur peau.

Le premier ordre de Himmler, selon les instructions de Hitler, fut d’anéantir les détenus pour qu’aucun d’eux ne tombe vivant entre les mains ennemies. Mais finalement, l’extermination finale n’eut pas lieu.

 Les évacuations de début 1945 ont été entreprises dans l’urgence, dans une Allemagne indifférente et en général hostile aux détenus. Par des températures de -10 à -30°C, l’évacuation du complexe d’Auschwitz et des derniers camps de travail forcé de l’Est fut l’un des sommets de cette tragédie, qui entraîna un engorgement généralisé des autres camps et de véritables hécatombes humaines. Le taux de mortalité atteignit et dépassa 50% de l’effectif évacué.

L’évacuation du camp d’ Auschwitz et les Marches de la Mort

Carte FMD

Le camp est donc évacué le 17 janvier 1945. L’ordre fut donné d’abattre tout détenu tentant de fuir ou de rester en arrière. Le 18 janvier à l’aube, des colonnes sans fin de 500 à plus de 2 000 détenus, dont des femmes et des enfants, se mirent en route.

Des trains de wagons de marchandises ouverts, furent constitués dont le parcours incertain, marqué par des bombardements ou des attaques aériennes, ajouta au nombre des victimes.

Certains, arrivant à destination, comme à Sachsenhausen, furent refoulés faute de place et repartirent vers une autre destination. Il en arriva ainsi à Mauthausen (voir le témoignage d’André Montagne, ci-dessous), Bergen-Belsen, Buchenwald, Dachau… et leurs annexes. Ces départs furent précédés ou suivis de massacres. À Gleiwitz, après le départ des « valides », 57 détenus restant à l’infirmerie, les SS mirent le feu au bâtiment et mitraillèrent les détenus qui tentèrent de fuir les flammes. Deux d’entre eux, retrouvés vivants sous les corps de leurs camarades, raconteront.

Le 20 janvier, à Birkenau, une formation de SS de retour après un départ précipité massacra près de 200 femmes malades, puis dynamita les restes des crématoires II et III.

Le 26 janvier 1945, à une heure du matin, un dernier Kommando de SS dynamita le crématoire V, ultime témoin matériel de la réalité de la « solution finale ».

Quelques témoignages sur la libération du camp d’Auschwitz

Témoignage d’Henri Graff, évacué d’Auschwitz la nuit du 17 au 18 janvier 1945

http://www.cercleshoah.org/spip.php?article264

Témoignage d’André Montagne, évacué d’Auschwitz et qui a « débarqué » à Mauthausen le 26 Janvier 1945. 

http://www.memoirevive.org/levacuation-dauschwitz/

 A noter:

Mardi 21 janvier sur Arte :

-20 :50 « 1944 : il faut bombarder Auschwitz » de Tim Dunn, 2019,

-22 :25 : « Les expérimentations médicales à Auschwitz », documentaire de Sonya Wintenberg et Sylvia Nagel, 2019, sur le Block 10 des expériences « médicales » à Auschwitz I ; parmi les témoins (très rares) interviewées dans le documentaire : Génia Oboeuf. (Retrouvez son histoire plus en détail dans la publication Petit Cahier du Cercle d’étude Adélaïde Hautval : https://www.cercleshoah.org/spip.php?article371 )

Depuis le tournage (2016-2018) de ce documentaire, Génia, 97 ans, est le seul témoin du Block 10 encore en vie.

-23 :15 : « La Babel des enfants perdus » de Théo Ivanez


Dessin de Serge Smulevic, réalisé en 1945 après sa libération http://d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/experiences_medicales.htm

Image mise en avant: les restes du crématoire V du camp d’Auschwitz-Birkenau, ultime témoin matériel de la “solution finale” source FMD