Pourquoi ce blog ?

En 2020, le monde de la Mémoire de la déportation célèbre les 75 ans de la libération des camps nazis.

Nous voulons vous informer de tous les événements mémoriels qui se dérouleront près de chez vous, et ce, tout au long de cette année. Chaque visiteur pourra trouver une conférence, une représentation théâtrale, une lecture.. , selon sa sensibilité, son temps, mais toujours une leçon d’histoire et surtout de vie !

Ravensbrück, le plus grand camp de femmes, mais surtout,« l’enfer des femmes »

Le camp de Ravensbrück n’a pas été ouvert pour être un camp de femmes. Au début de leur arrivée au pouvoir, les dirigeants nazis n’ont pas conscience de l’influence des femmes dans la lutte contre le régime et son idéologie, mais elles finissent par entrer dans la catégorie des êtres à « éduquer », par être exploitées puis éliminées. Les nazis doivent aussi prendre en main l’éducation des jeunes Allemandes et, pour cela, ils s’inspirent des principes de formation de la SS. Cependant, comme le fait remarquer le numéro 39 de Mémoire Vivante (MV) consacré à ce camp, jamais les responsables SS ne placeront des femmes à la tête d’un camp et la direction de Ravensbrück, comme de ses Kommandos, restera toujours aux mains de SS, organisation nazie uniquement masculine.

Trois femmes avec civière (« Drei Frauen mit Bahre ») von Fritz Cremer Évocation de la présence des enfants Archives fédérales allemandes
Cette image a été donnée à Wikimedia Commons par les Archives fédérales allemandes

Le site de Ravensbrück est intéressant pour la SS : constitué de sable et de marais, il est insalubre, isolé, mais à 80 km de Berlin, à 50 d’Oranienburg-Sachsenhausen, siège de l’Inspection générale des camps de Concentration, avec, de plus, une bonne desserte fluviale.

En novembre 1938, 500 détenus du camp de Sachsenhausen commencent, à Ravensbrück, la construction du futur camp pour femmes. Les premiers transports importants d’un millier de détenues et de leurs surveillantes arrivent à la mi-mai 1939. Les effectifs augmentent et s’internationalisent avec la guerre, surtout après 1942, et considérablement en 1944 (presque 22 000 dans la première moitié de l’année, et plus de 48 600 à la fin); en 1945 c’est le chaos avec l’arrivée des détenu(e)s des évacuations des camps de l’Est.

On estime à plus de 132 000 le nombre global de femmes de plus d’une trentaine de nationalités passées à Ravensbrück ; parmi elles également des femmes juives, sintis et roms, ce qui démontre bien le caractère universellement répressif du système concentrationnaire nazi. Le Mémorial de Ravensbrück avance les chiffres de 120 000 femmes et enfants, de 12 000 jeunes femmes passées au camp d’Uckermark et de 20 000 hommes.

Quant au nombre de Françaises déportées de France à Ravensbrück, en l’état de ses recherches, en 2017, la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) estime leur nombre total à environ 7 500 si on ajoute les déportées dans le cadre de la « solution finale ». Il  faut aussi y ajouter les 21 bébés nés de Françaises à Ravensbrück et dont seulement trois ont survécu. 1 700 hommes déportés de France ont également transité par le camp ou l’un de ses Kommandos.

Sur ce total des Françaises envoyées à Ravensbrück, 90% sont des résistantes ou opposantes actives, ce qui explique leur sens de l’organisation et leur solidarité pendant ces années. La majorité d’entre elles est partie de Compiègne-Royallieu ou du Fort de Romainville (voir article de ce blog, « hommage aux femmes dans la résistance et la déportation »)

Le camp

Commencé en novembre 1938, le camp s’agrandit continuellement jusqu’en 1945 Crédits photographiques : encyclopédie multimédia de la Shoah

Sur ce plan, on peut voir, depuis la porte du camp qui donne accès à la Lagerplatz (place principale du camp) prolongée par une vaste allée qui  sert de lieu de rassemblement pour les appels, les bâtiments de la Kommandantur, et, dominant le mur, la cheminée du crématoire (un 2ème fut achevé pendant l’hiver 1944-45 mais ensuite il fut détérioré par la surchauffe), et la chambre à gaz construite au début de 1945. Le rythme de 150 à 160 mises à mort par jour au printemps de cette année-là a été établi lors du procès des responsables du camp et confirmé par les recherches qui ont suivi (source MV).

On distingue aussi les 35 Blocks, les entrepôts de l’Industriehof (ateliers de récupérations de vêtements militaires appartenant à la SS), les 20 ateliers de l’usine de composants électriques Siemens & Halske, avec son camp annexe de détention, créé à la fin de l’été 1942. On peut aussi voir l’emplacement de la tente de 50 m sur 10 m, dressée pendant l’hiver 1944-45 sur un sol resté sans construction à cause de son humidité et où plus de 3 000 femmes (transférées des camps de l’Est, essentiellement Auschwitz-Birkenau, lors des marches de la mort) furent entassées, parfois avec des enfants, à même le sol, sans couverture, sans eau, ni un minimum de conditions sanitaires, ce qui explique le nombre important de victimes quand elles ne furent pas rapidement transférées vers des camps satellites.

« Dans la tente » Dessin de Aat Breur 1944 Crédits photographiques

Un camp d’hommes (kleines Männerlager), créé en 1941, servit de réservoir de main d’œuvre pour les agrandissements, mais aussi de camp disciplinaire; 20 à 25 000 détenus y sont passés, mais très peu survécurent.

Un autre camp satellite est construit en 1942 à environ 1,5 km du camp principal, le Judendlager, pour jeunes délinquantes allemandes à « rééduquer » par la terreur et le travail forcé. Il devient l’Uckermark pendant l’hiver 1944-45 et sert de camouflage à des mises à mort collectives ou d’étape vers la chambre à gaz. (Source MV). Les listes de ces mises à mort collectives camouflées sous l’appellation de « transférées au camp de repos de Mittwerda » ont disparu, sauf une (le 6 avril 1945, pour 496 femmes) sauvée par des détenues ; elle confirme que les victimes, surtout des Polonaises et des Juives hongroises, avaient essentiellement plus de 40 ans et avaient survécu à Auschwitz et Majdanek. 8 000 femmes sont passées à Uckermark ; quelques-unes ont pu échapper à leur sort grâce à diverses complicités.

Autour du camp et à proximité du lac, le Schwedtsee, se répartissaient les logements des cadres SS, les casernements de troupes des SS, le tout desservi par un important réseau de voirie.

Ce rouleau compresseur de 1,50 m de diamètre, 3 m de long, et de 800 à 900 kg était traîné par une dizaine de détenues. Photo Amicale de Ravensbrück 2006

Témoignage: « Mais le plus épuisant peut-être [des conditions de travail], c’était le rouleau compresseur… Nous faisions les fondations des routes du camp…en tirant un énorme rouleau de 1,50 mètre de diamètre, 3 mètres de long et qui pesait 8 à 900 kilos. Nous nous attelions à sept ou huit pour le tirer. C’était une vision évoquant l’esclavage assyrien. »

Amicale de Ravensbrück et ADIR : Les Françaises à Ravensbrück, Gallimard, 1965.

Au fur et à mesure que la guerre progresse, le nombre de camps annexes augmente. Parmi eux, en dehors des ateliers et usines de  l’Industriehof et de Siemens & Halske, on peut citer des « camps de plein air » (travaux de terrassement, corvées aux cuisines, assèchement des marais…), les Kommandos de « wagonneuses » qui déchargent des wagons de marchandises issues des rapines nazies en Europe occupée (une source de détournements risquée mais utile pour celles dont la vie dépend de tout), le Kommando Beendorf (fabrique de pièces pour moteurs d’avion dans une ancienne mine de sel à 600 m de profondeur, rattaché à Neuengamme car trop éloigné du camp central de Ravensbrück), Torgau (traitement des douilles d’obus usagées), Rechlin (un des sommets de l’horreur), Petit-Königsberg (réparation des pistes d’aviation)… Au total, le camp de Ravensbrück « alimente en main d’œuvre féminine plus d’une cinquantaine de Kommandos extérieurs ou de camps annexes » (MV). Le travail forcé de cette main d’œuvre est très rentable d’autant plus que les entreprises peuvent à tout moment renvoyer les détenues épuisées contre des nouvelles.

Le camp de Ravensbrück « alimente en main d’œuvre féminine plus d’une cinquantaine de Kommandos extérieurs ou de camps annexes » (MV). Crédits photographiques Memoiredesdeportations

Ravensbrück, l’exploitation de la main d’œuvre


 » L’arrivée… et 2 heures plus tard » .. Dessins de Violette Lecoq 1945 Crédits photographiques Gedenkstaette
« L’appel » Dessin de Violette Lecoq Crédits photographiques Sur l’auteur et ses dessins, voir note en fin d’article

Les conditions de (sur)vie n’ont rien à envier à celles des camps d’hommes, (« peur et affolement quotidien demeurent une constante » MV), mais elles deviennent encore plus pénibles les derniers mois et la mortalité augmente, passant de 24 à 60% de la population globale du camp en 1945 (MV, déposition du médecin-chef de Ravensbrück, le docteur Treite)

« Seau à manger »
Ce seau a été utilisé pour transporter les repas des détenus de la cuisine des détenus aux blocs respectifs. Les seaux contenaient souvent de la soupe et avec leur garniture pesaient jusqu’à 50 kg. Les seaux étaient portés sur deux poignées par deux prisonnières souvent mal nourries et affaiblies.  Crédits photographiques
Dessin de Violette Lecoq « Gastronomie »

Les nouveau-nés étaient, au début, systématiquement étouffés ou noyés. En 1944, les nazis les laissent vivre, mais rien n’est prévu pour les accueillir jusqu’en septembre de cette année avec la création de la Kinderzimmer dans le Block des malades n° 11, mais sans aucun moyen sauf la débrouillardise et la solidarité des détenues. MV évoque le nombre de 600 naissances, mais seulement une quarantaine d’enfants ont quitté le camp en vie et, sur les 21 naissances de Françaises, deux garçons et une fille survécurent. Des témoignages ont attesté de la présence d’enfants au camp, « une horde sauvage et abandonnée » (environ 500 Source MV) victimes aussi des sélections et des transports de la mort. Les nazis pratiquaient aussi des stérilisations sur les femmes et les enfants (les plus jeunes avaient 8 ans).

Complément: ICI « Enfant cachée à Ravensbrück! » Elle avait 4 ans…

Victime polonaise d’expérimentation médicale, octobre-1944
L’utilisation de prisonnières comme cobayes pour des expérimentations pseudo-médicales est évoquée dès l’année 1942. Les survivantes (les Kaninchen, « petits lapins » à cause de leurs béquilles) ne furent sauvées que par la solidarité. Crédits photographiques

Comme dans les autres camps, solidarité et résistance ont aidé à survivre, mais il n’y a pas eu d’organisation structurée avec une direction clandestine car le brassage permanent, dû aux changements fréquents de Blocks, et aux départs vers d’autres camps, ne le permit pas. Cependant, l’action clandestine visait à  » secourir les détenues les plus menacées et les enfants, par divers procédés, dont des substitutions d’identité avec des morts et à saboter la production de guerre allemande en « essayant d’être intelligemment imbéciles et maladroites », ce que certaines ont payé de leur vie ». 

Photo de Simone Michel-Levy prise au camp de Ravensbrück avant son envoi au Kommando Holleischen. ©Musée de l’Ordre de la Libération, Paris Crédits photographiques FMD
Comme Noémie Suchet, et Hélène Linière, Simone Michel-Lévy (compagnon de la Libération), affectées au Kommando de la poudrerie d’Holleischen, furent pendues à Flossenbürg pour avoir saboté une presse de 100 tonnes.  (Source, FMD)   
Dessin de Violette Lecoq « Amitié »
Solidarité et résistance ont aidé à survivre

Les évacuations

À la mi-janvier 1945, Ravensbrück et ses camps abritaient environ 46 000 détenues et 8 000 hommes, mais les évacuations augmentèrent considérablement, ce nombre provoquant une situation chaotique. Les nazis firent tout pour se débarrasser du plus grand nombre possible de détenues, par des transferts dans d’autres camps, dont ceux de Mauthausen et Bergen-Belsen, fin février-mars 1945, et l’extermination des plus faibles, ce qui donna au camp une allure de camp d’extermination. Bernard Strebel (article memoiredesdeportations) estime que presque la moitié des victimes qui ont péri dans le « complexe de Ravensbrück – exécutions massives comprises – ont trouvé la mort dans les quatre derniers mois. »

Tuer à « l’infirmerie » avec des anesthésiques  Exposition permanente Mémorial

Enfin, on avance, le chiffre de 20 000 détenu(e)s encore présent(e)s dans le camp qui sont  lancé(e)s dans des « marches de la mort » les 24 et 26 avril (les hommes) et les 27 et 28 avril (les femmes), soit deux jours avant l’arrivée de l’armée soviétique. Le chiffre des victimes de ces  » marches de la mort « , méconnu de façon exacte en l’absence de documents sûrs ( l’ensemble des documents a été détruit par les SS au moment de l’arrivée des alliés), s’ajoute au nombre de victimes.

Évacuations aboutissant et partant de Ravensbrück dans les premiers mois de 1945. Crédits photographiques: Fondation pour la Mémoire de la déportation (FMD)

Les derniers membres de la SS quittent le camp le 29 avril en laissant derrière eux environ 2 000 femmes, hommes et enfants malades ainsi que quelques médecins et infirmières détenues et autres volontaires (parmi lesquels Adélaïde Hautval et Marie-Claude Vaillant-Couturier). Le 30 avril les avant-gardes de la 49e armée du 2e front de Biélorussie pénètrent dans l’allée centrale du camp et le 1er mai des unités régulières libèrent les dernières et derniers détenus de Ravensbrück. (Source FMD)

C’est la fin de l’histoire du principal camp de femmes du système concentrationnaire nazi.

Le nombre total de victimes, toutes causes confondues, se situe autour de 70 000 (Source, Gedenkstätte Ravensbrück)

Le camp et le Mémorial après la libération : Ravensbrück, lieu de mémoire


Sculpture en bronze Tragende de Will Lammert; elle est considérée comme le symbole du Mémorial de Ravensbrück.
Pour l’ouverture inaugurale du site du Mémorial national, une version à plus grande échelle de la sculpture Tragende a été créée et exposée. Cette figure symbolique centrale, se dresse au sommet d’une stèle sur la péninsule du lac Schwedtsee. Photo, Amicale de Ravensbrück, 2015

Voir l’historique du Mémorial sur le site de ce dernier ICI

La première commémoration eut lieu en septembre 1948. Crédits photographiques
 Depuis cette date, des cérémonies ont lieu chaque année.

Des expositions temporaires et permanentes…

Vernisssage de la nouvelle exposition permanente :le camp de concentration pour femmes de Ravensbrück. Histoire et mémoire 21 avril 2013 Crédits photographiques

Les cérémonies du 75e anniversaire de la libération des camps

En raison de la crise sanitaire, les cérémonies et voyages mémoriaux ont été annulés. Des gerbes ont été déposées, des témoignages des représentants des États en hommage aux victimes ont été lus.

Les interventions et les photos des gerbes déposées sont sur le site du Mémorial ICI

Gerbe du gouvernement-fédéral et du ministre d’état à la culture et aux médias Crédits photographiques
Gerbe de l’ambassade de France Crédits photographiques

L’intervention de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d’Etat aux affaires européennes auprès du Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de la République française pour le 75éme anniversaire de la libération du camp de Ravensbrück est ICI

« Résurrection » : la Rose de Ravensbrück, Une rose pour l’Avenir

« Pour que vive leur mémoire, plantez, faites planter cette Rose, monument vivant, créée par les survivantes résistantes déportées, au sein de l’Amicale française de Ravensbrück et des Kommandos dépendants en 1975. Cette rose porte le message :

« Liberté-Dignité-Vigilance pour un monde en Paix ».

Amicale de Ravensbrück et des Kommandos dépendants, 10 rue Leroux 75 116 Paris Voir l’historique sur le site du Mémorial

Source Amicale de Ravensbrück

« Elle [La rose de Ravensbrück] vit encore en certains lieux. Elle a également rejoint la Norvège où des enfants de déportés l’attendaient pour la replanter sur un lieu maudit, le centre de détention de la Gestapo, devenu un musée et un mémorial dédié à la Résistance après avoir été un endroit occupé par les nazis…

Que soient remerciés tous ceux qui participent à cette chaîne d’amitié, mais aussi les agents techniques des jardins et de l’environnement qui, dans les villes, ont aidé à prélever, à planter « Résurrection » pour que « Résurrection » vive et continue à vivre. »

Ces roses portent le message :
« Liberté-Dignité-Vigilance pour un monde en Paix ». Photo Amicale de Ravensbrück avril 2015

À propos des Dessins de Violette Lecoq

Agent de renseignement pour la résistance parisienne,  Violette Rougier-Lecoq est arrêtée et déportée à Ravensbrück en octobre 1943. Rapatriée en avril 1945 par la Croix-Rouge suédoise, elle revient avec 36 dessins dissimulés avec soin tout au long de sa détention ; en 1948, elle les réunit dans un album, Ravensbrück 36 dessins à la plume : un témoignage accablant de l’horreur des camps et du système concentrationnaire nazi qui sera justement considéré comme tel au procès de Hambourg. Source et crédits photographiques

Pour compléter cet article, se reporter aussi à celui posté le 5 mars sur ce blog, intitulé « Les femmes et la déportation« , consacré à l’opérette de Germaine Tillion

« Le Verfügbar aux enfers est une opérette écrite clandestinement à l’automne 1944 par Germaine Tillion au camp de concentration de Ravensbrück. Ethnologue, elle a réussi à prendre le recul nécessaire pour observer les règles de l’univers concentrationnaire, qu’elle et ses camarades, subissent. Le rire étant la seule arme qui lui reste, elle écrit cette œuvre qui dépeint l’enfer de Ravensbrück.

Le Verfügbar est un animal inconnu, jamais repéré jusque-là, qui ne mange jamais, ne boit que de l’eau sale et est maigre comme un clou. Source réseau Canopé

« Survivre est notre ultime sabotage » Germaine Tillion

Amicale de Ravensbrück, Juin 2017 que nous remercions pour l’envoi des documents et photos personnelles

Hommage aux femmes dans la Résistance et la Déportation

Le Comité de soutien pour la sauvegarde du fort de Romainville a pour objectif de contribuer à prendre les mesures nécessaires pour la création d’un Musée de la Déportation et de la Résistance dédié aux femmes qui aurait toute sa place dans l’enceinte du Fort de Romainville.

Aujourd’hui il n’existe, aucun Centre d’Histoire, ni même de lieu Mémoriel, dédié au rôle irremplaçable des femmes dans la Résistance et la Déportation, en France et en Europe.

Logo du Comité de Soutien du Fort de Romainville

Le camp du Fort de Romainville, premier camp allemand en France, est un haut lieu de la Déportation et de la Résistance, en lien avec le camp de Royallieu à Compiègne. Toutefois, l’histoire du Fort de Romainville sous l’Occupation est aujourd’hui largement oblitérée.

Rappelons qu’une majorité d’internés dans le camp furent des femmes et que près de 40% de femmes déportées dans le cadre de la politique de répression, partirent du fort. Ce qui donne tout son sens à la création d’un /musée dédié aux femmes dans la Résistance et la Déportation, dans l’enceinte du fort.

Dans cette période particulière de confinement puis de dé-confinement et en cette année du 75e anniversaire de la Libération des camps nazis et de la victoire sur le nazisme, nous avons tenu à réaffirmer notre engagement pour ce projet de Mémorial, en déposant des roses devant des plaques à la mémoire de femmes résistantes déportées ou exécutées, le 26 avril, le 8 mai, le 27 mai et le 18 juin 

Le 26 avril, dépôt d’une gerbe au pied des plaques à l’entrée du fort de Romainville, à la mémoire des Déportés ; Le 8 mai, dépôt d’une seconde gerbe, à la mémoire des résistants 
Dépôt d’Un bouquet au gymnase Japy, dans le 11e arrondissement, à la mémoire des enfants, des femmes et des hommes, qui y furent rassemblés  avant d’être déportés à Auschwitz 

Des roses furent déposées également sous les plaques à la mémoire des femmes résistantes.

Bertie Albrecht (avenue Bertie Albrecht dans le 8e arrondissement)
Charlotte Delbo (rue de la Faisanderie, dans le 16ème arrondissement)
Danielle Casanova (rue Danielle Casanova dans le 1e arrondissement)
France Bloch et Frédéric Sérazin (rue Monticelli dans le 14e arrondissement)
Geneviève de Gaulle (allée Geneviève Anthonioz de Gaulle aux Lilas)
Lucienne Palluy morte à Auschwitz (Porte de Bagnolet) et Jules Vercruysse
Madeleine Passot et Lucien Dorland (5 rue cité Falguière dans le 14e arrondissement)
Marie-Claude Vaillant-Couturier et Pierre Villon (Place Marie-Claude Vaillant-Couturier et Pierre Villon dans le 4e arrondissement)
Olga Bancic (square Olga Bancic dans le 11e arrondissement)
Eugénie-Mélika Djendi, franco-algérienne, opératrice de radio, exécutée à Ravensbrück (square Eugénie Djendi dans le 15e arrondissement)
Neus Catala, républicaine espagnole, résistante déportée à Ravensbrück (Allée Neus Catala dans le 11e arrondissement)
Maï et Georges Politzer (rue Georges et Maï Politzer dans le 12 arrondissement)

Texte et photos:  Yves Jegouzo, Président du Comité de soutien du Fort de Romainville pour la création d’un Mémoriel dédié aux Femmes dans la Résistance et la Déportation  Hôtel des Fondations- 30 boulevard des Invalides – 75007 Paris

Nous demandons que :

-La caserne historique et les casemates où furent emprisonnés les résistants hommes et femmes, ainsi que le lieu du massacre de 1944, soient préservés,

-La cour du Fort, ancienne cour des détenue.e.s, soit également conservée dans son périmètre actuel,

-Une partie des bâtiments existants soit utilisée pour la création d’un musée de la résistance des femmes, car il n’existe à ce jour, aucun lieu mémoriel dédié au rôle des femmes dans la résistance, qu’elles soient ou non passées par Romainville

Le 24 janvier 1943, le premier convoi de résistantes et de prisonnières politiques envoyées à Auschwitz, « le convoi des 31 000 » est parti de Romainville, avec Charlotte Delbo.

Lise Lesèvre, Renée Rigault, Madeleine Odru, Anise Postel-Vinay, Denise Vernay, Lise London, Danièle Casanova, Serge Choumoff, André Biver, Simone Sampaig, Maï Politzer, MarieElisa Nordmann, Marie-Claude Vaillant-Couturier…

« Et puis je les (les camarades) ai revus à Romainville. Je dois dire que, quand nous nous sommes retrouvés, cela a été le bonheur. Nous n’étions plus seuls. Nous nous sommes entraidées les unes les autres. Il y avait beaucoup de femmes de fusillés. C’était très dur mais chaque fois qu’un mari tombait nous la supportions toutes un peu. La solidarité était parfaite. » Charlotte Delbo

« Au revoir les enfants « 

Chacun connaît ce film réalisé par Louis Malle en 1987.

« Au revoir les enfants » Crédits Photos : France Culture Télérama

Derrière ce film, il y a une vraie scène de vie, un souvenir « douloureux ». Le réalisateur est un ancien élève du Père Jacques, au Petit collège d’Avon, prés de Fontainebleau. Julien, dans le film, c’est Louis Malle qui a assisté à la descente d’agents de la Gestapo le 15 janvier 1944 dans son collège et à l’arrestation du Père Jacques (Lucien Bunel) et de trois enfants juifs que l’institution cachait : Jacques Halpern (17 ans), Maurice Schlosser ( 15 ans), Hans-Helmut Michel (13 ans) caché sous le nom de Jean Bonnet, l’ami de Julien dans le film. Sont aussi arrêtés le maire d’Avon, Rémy Dumoncel et le  secrétaire de mairie Paul Mathéry (voir photos)

Le Père Jacques Crédits photos, Mairie d’Avon

Le 3 février suivant, les enfants font partie du convoi 67 (environ 1200 personnes) à destination d’Auschwitz. Le Père Jacques  est déporté à Neue Breme puis à Mauthausen Güsen. Il connaît la joie de savoir que la liberté est retrouvée mais meurt d’épuisement à Linz  le 2 juin 1945.

Rémy Dumoncel Crédits photos, Mairie d’Avon
Il est déporté au camp de concentration de Neuengamme où il décède le 15 mars 1945
Paul Mathéry Crédits photos Mairie d’Avon
Il est déporté au camp de Mauthausen où il décède en Août 1944

Profitant du « déconfinement » partiel, un hommage a été rendu le 2 juin dernier sur la tombe du Père Jacques, dans le couvent des Carmes, en présence d’une douzaine de carmes, de Mme le Maire d’Avon, de trois élus et de Maryvonne Braunschweig, Présidente de l’AFMD 77 et auteure d’articles et de livres sur les « déportés d’Avon« .

Mémorial du Père Jacques Crédits photos Mémorial Couvent des Carmes
Cérémonie du 2 juin 2020 sur la tombe du Père Jacques Crédits photos Mairie d’Avon

Avon, commune membre du réseau « Villes et Villages des Justes de France »Extrait du site de la mairie d’Avon

Deux autres Avonnais ont été reconnus, à titre posthume, « Justes parmi les nations » pour avoir aidé, aux côtés du Père Jacques, des Juifs persécutés par l’occupant nazi et le gouvernement de Vichy, durant la Seconde Guerre mondiale : Rémy Dumoncel, maire d’Avon et Paul Mathéry, secrétaire de mairie.

C’est à ce titre que la ville d’Avon fait partie du réseau « Villes et Villages des Justes de France ». Elle contribue, avec le soutien du Comité français pour Yad Vashem, à entretenir le souvenir et les valeurs portées par les « Justes parmi les Nations ». Dans cet objectif, en juin 2015, à l’occasion du 70eanniversaire de la Libération, la ville d’Avon inaugurait la rue « des Justes »en leur honneur.

Des remerciements particuliers au Cercle d’Etude de la déportation et de la Shoah qui nous a fait part de cet hommage et nous a permis de mieux connaître le Père Jacques et la réalité de ce mois de Janvier 1944. Voir leur article ICI

Oranienburg-Sachsenhausen : deux noms, un camp

Une ville, un site, deux noms, deux moments différents d’une même entité: Oranienburg-Sachsenhausen.

Un camp de détention préventive est ouvert en mars 1933, à une trentaine de km au nord de Berlin et placé sous l’autorité des Sections d’Assaut (Sturmabteilung, SA), formation paramilitaire créée en 1921 : ils font régner la terreur parmi les détenus « politiques », anti-nazis, et tous solidaires.

L’élimination des SA par les SS en juin 1934 (« Nuit des longs couteaux ») conduit à la fermeture du camp qui a vu passer plus de 3 000 détenus allemands entre mars 1933 et juillet 1934. Ils sont transférés au camp de Lichtenburg. (Mémoire Vivante, FMD n° 34)

Theodor Eicke, commandant du camp de Dachau, a joué un rôle important dans l’élimination des SA. Il est alors nommé Inspecteur général des Camps de concentration (IKL) en juillet 1934. Il a sous ses ordres 5 bataillons de SS formés pour la garde des camps de concentration. Oranienburg étant inadapté à leur formation, il décide la création d’un camp à Sachsenhausen. La proximité de Berlin- est un critère du choix, pour des raisons administratives – la capitale est à 30 km – et économiques – usines d’armements et lieu d’extraction des pierres de construction des futurs bâtiments élevés à la gloire du régime – Berlin doit devenir la capitale du monde germanique, la « Germania ». Ce futur camp, à l’architecture « innovante », doit inspirer les réalisations de camps futurs, en particulier le demi-cercle inscrit dans un triangle qui permet une surveillance optimum d’un nombre optimum de détenus avec un minimum de gardes (Mémoire Vivante n° 34).

Le triangle du camp en 2013, vue aérienne ( Crédits photos Gedenkstaette)

Le camp de Sachsenhausen est un triangle d’environ 600 m de côté, entouré d’un réseau de barbelés, entrecoupé de tours de garde. La partie supérieure du terrain forme le camp des prisonniers. Les baraques des détenus sont disposées en demi-cercle. La partie inférieure est réservée à la Kommandantur, à la garnison SS et à ses différents services. La grille en fer forgé du portail est ornée de l’habituelle inscription des camps nazis: « Arbeit macht frei » (le travail rend libre). Source site de l’Amicale de Sachsenhausen et, pour aller plus loin, voir le site 

La cadence de travail des détenus envoyés du camp d’Esterwegen, près de la frontière hollandaise, pour cette construction fait que, commencé en juillet 1936,  le triangle de 31 ha est déboisé et entouré de barbelés en trois mois. Bâtiments administratifs, militaires, casernes, chenil de dressage des chiens de garde des camps de concentration, usines d’armements, poste émetteur radio…, avec l’Inspection générale des Camps de concentration (IKL )…, c’est toute une cité SS qui est construite, comme une « unité absolue ».

Le complexe de Oranienburg-Sachsenhausen :
Il est à la fois un camp de concentration classique, un centre de formation et d’expérimentation pour l’IKL, l’autorité administrative de tous les camps de concentration, un centre d’opérations secrètes pour les SS. (source et légende sur le site de l’Amicale de Sachsenhausen).

Avec le complexe Oranienburg-Sachsenhausen, on est au cœur du système concentrationnaire.

Prévu par un architecte SS sur la planche à dessin, le système, qui a été conçu comme un camp de concentration idéal, était destiné à donner l’expression architecturale de la vision du monde SS et les prisonniers également soumis symboliquement à la puissance absolue des SS(Gedenkstaette)

Rouleau de comptage, au premier plan, la mitrailleuse sur la tour A, photo propagande SS, février 1941  Crédits photos Gedenkstaette
Une seule mitrailleuse installée au sommet de la tour d’entrée contrôle la totalité de la surface du camp, des miradors aux angles achèvent le système de contrôle (source  et compléments, Amicale de Sachsenhausen)

Les « actions spéciales » à Sachsenhausen :plusieurs d’entre elles sont tristement « célèbres » : elles ont coûté la vie à des détenus.

L’attaque simulée contre l’émetteur de la radio allemande de Gleiwitz avec l’objectif de convaincre l’état-major de la Wehrmacht hésitant d’envahir la Pologne.

Les SS de Sachsenhausen simulent une attaque « polonaise » contre l’émetteur de la radio allemande de Gleiwitz, ville frontière avec la Pologne. Les (faux) soldats « polonais » du (faux) attentat sont des détenus tués par balle auparavant pour simuler l’attaque le 31 août 1939. Le lendemain, la Wehrmacht envahit la Pologne, Hitler accusant les troupes polonaise de violation de la frontière allemande à Gleiwitz.

Le Kommando des faux monnayeurs

Le but est de désorganiser l’économie anglaise par la production de faux billets de livres sterling. C’est à Sachsenhausen, en 1942, que se fait l’impression dans les Blocks 18 et 19 par des détenus mis au secret le plus total. Promis à une mort programmée, ils seront sauvés de justesse en 1945 par les Alliés dans la région d’Ebensee en Autriche.

Livre sterling éditée à Sachsenhausen
On estime à environ 150 millions de livres sterling la « production » de l’imprimerie de Sachsenhausen. La précision est telle que les billets sont authentifiés par les autorités bancaires britanniques. L’imprimerie édite aussi de faux papiers (
Source et crédits photos: FMD,Mémoire vivante n° 34)

On peut trouver d’autres exemples de ces actions secrètes montées depuis le camp de Sachsenhausen sur le site de l’Amicale, en particulier la dernière d’entre elles, en décembre 1944, pendant l’offensive allemande des Ardennes. Des « éléments » déguisés en soldats américains et anglais ont été infiltrés à l’arrière des troupes alliées pour créer des diversions avec des chars capturés en Normandie et remis en état dans un Kommando de Sachsenhausen.

Les crimes commis par les nazis à Sachsenhausen

Mémoire vivante donne le cas du massacre de 18 000 prisonniers de guerre soviétiques en 1941 comme étant une page parmi les plus noires de l’histoire de Sachsenhausen.

Est organisée à Oranienburg la « méthode » nouvelle dite de « balle dans la nuque » qui permet  l’assassinat plus rapide des victimes. On estime à 10 000, le nombre de prisonniers de guerre soviétiques massacrés à Sachsenhausen, en violation des lois de la guerre, 3 000 autres étant morts pour d’autres raisons ou par d’autres méthodes. (source, Mémoire vivante).

Les Français et la résistance à Sachsenhausen : la tragédie du 11 octobre 1944

La solidarité et la résistance, même difficile et limitée (sous forme de sabotage en particulier), continuent malgré les risques car beaucoup ont payé de leur vie le soutien à d’autres détenus. Au printemps 1944 une commission spéciale formée par les SS et la Gestapo enquête au camp. Des centaines de détenus sont arrêtés et torturés. Le 11 octobre 1944, 27 d’entre eux sont fusillés, dont 3 Français : André Bergeron, Benoît Marceau et Emile Robinet.

Le texte prononcé en octobre 2010 par Roger Bordage, pour la commémoration de cette tragédie, est sur le site de l’Amicale, (onglet « plaques commémoratives).

La fille de André Bergeron lui rend hommage. Elle lui a consacré une biographie, consultable ICI ( crédits Photos, Amicale de Sachsenhausen).

Le camp et les Kommandos

Conçu pour 8 à 10 000 détenus, ils seront jusqu’’à 35 000 à la fin de la guerre, sans compter les détenus dispersés dans plus de 60 Kommandos extérieurs. La Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) pense que, à partir de 1942, « plus de 100 satellites et camps satellites ont été installés au cours du déploiement massif des internés des camps de concentration en tant que travailleurs forcés dans l’industrie de l’armement. Ces camps étaient situés à proximité d’usines d’armes telles que les usines d’avions Heinkel à Oranienburg ou à côté d’usines d’armes de Berlin telles que celles d’AEG et de Siemens ».

Combien de détenus sont-ils passés par ce camp ? Le nombre exact est inconnu ; le site de l’Amicale de Sachsenhausen évoque le nombre de 134 794, de septembre 1939 (début de la numérotation continue) à février 1945, mais combien de victimes avant cette date, combien non recensées arrivées après, combien envoyées par la Gestapo et exécutées directement à la station « Z » (la tour « A » étant la porte d’entrée et la station « Z » la chambre à gaz, l’« étape ultime » Mémoire vivante) ? L’Amicale évoque également le cas des femmes envoyées de Ravensbrück, aux matricules 1 à 8 000, enregistrées administrativement à Sachsenhausen avant d’être envoyées dans des Kommandos extérieurs. La Gedenkstätte donne le chiffre de 200 000 entre 1936 et 1945, 90 % étant des « étrangers » (non allemands), majoritairement des citoyens de l’Union soviétique et de la Pologne, même si plus de 20 nationalités différentes sont représentées. La dernière mise à jour du mémorial de Sachsenhausen parue sur le site de l’Amicale fait état de 9 400 noms de Français

Le Kommando Klinker est d’abord un Kommando disciplinaire sur le site de la briqueterie qui fournit en matériaux les chantiers de Berlin. Les 2 000 détenus (Juifs et Tsiganes surtout) y travaillent toute la journée dans des conditions effroyables. Il devient camp annexe en 1941, spécialisé dans l’industrie de guerre (fabrication de grenades). Il sera évacué les 20 et 21 avril 1945 après le bombardement allié du 10 avril qui fait de nombreuses victimes parmi les détenus. Voir plus de renseignements sur ce Kommando et l’exposition qui lui a été consacrée sur le site de la Gedenkstätte

Le Kommando Heinkel spécialisé dans les constructions aéronautiques est le plus important des Kommandos et celui qui comporte le plus de Français. À la fin de l’année 1944, devant l’avance des armées alliées et les évacuations des autres camps, ses effectifs explosent et les derniers mois, les plus terribles, se terminent par les « marches de la mort ».

10 000 femmes venues principalement de Ravensbrück ont été immatriculées à Sachsenhausen avant d’être envoyées dans divers Kommandos. (source Mémoire vivante qui donne d’autres exemples de Kommandos)

Les évacuations   

Transferts et évacuations depuis Sachsenhausen Crédits photos FMD

   Le complexe de Sachsenhausen comptait 58 000 détenus fin janvier 1945. En janvier et février, 20 000 détenus furent évacués vers Bergen-Belsen, Mittelbau-Dora, Mauthausen, Ohrdruf (Kommando de Buchenwald) et d’autres camps.

Peu avant l’évacuation finale, un convoi de la Croix-Rouge suédoise est autorisé à emmener 2 300 Norvégiens et Danois jusqu’à Neuengamme d’où, avec 1 200 de leurs compatriotes de Neuengamme, ils sont acheminés en Suède.

La marche des déportés depuis le camp jusqu’à la forêt de Below

L’ordre d’évacuation est donné le 18 avril. Formés en groupes de 500, les détenus sont mis en route vers le nord-ouest dans la nuit du 20 au 21 avril. Les premiers groupes arrivent le 23 avril à Wittstock. Quelques kilomètres au nord, les gardes font entrer 16 000 détenus dans la forêt de Below, pour camper et attendre d’autres colonnes. Des évacuées de Ravensbrück rejoignent la forêt qui abrite près de 40 000 détenus jusqu’au 29 avril, étendus à même le sol, sans eau, sans nourriture, sans vêtements appropriés, mangeant des racines ou de l’herbe pour tromper faim et soif. Un convoi de vivres de la Croix-Rouge distribue des colis de nourriture, peu après l’arrivée des premières colonnes. Les troupes russes libèrent le secteur entre le 1er et le 3 mai 1945. Des milliers  de déportés sont morts lors de ces « marches de la mort ».

Stèle évoquant  » la marche de la mort » Crédits photos Mémoriaux de Brandebourg
Marche de la mort et camp forestier Gino Pessani 1950 Crédits photos
Mémoriaux de Brandebourg
« Pour de nombreux survivants du camp de Sachsenhausen, la “marche de la mort” et le camp temporaire dans la forêt de Below sont encore parmi les souvenirs les plus impressionnants de leur emprisonnement. » (extrait site Gedenkstätte)

Au camp central, le 21 avril au soir, les derniers gardes disparaissent. Il restait 3 000 détenus y compris les femmes, dont 2 000 au Revier. Le lendemain 22 avril, l’armée soviétique entre au camp. 30 000 détenus erraient encore sur les routes (FMD). 300 détenus n’ont pas survécu à leur libération. Ils ont été enterrés dans six charniers sur le mur du camp dans la zone de l’infirmerie (Source Gedenkstätte)

Porte d’entrée du camp
citation d’un survivant, photo extraite d’un bulletin de l’amicale

Le Mémorial et l’Amicale aujourd’hui

Rappel : Une exposition de 54 panneaux sur le camp de Sachsenhausen a été présentée en janvier à Beaune et le 8 février 2020 à Houppeville, près de Rouen. Voir sur ce blog, la présentation au mois de février (ICI) avec le synopsis consultable. Pour les renseignements pratiques et réserver l’exposition, s’adresser à l’Amicale de Sachsenhausen.

L’exposition à Beaune, Janvier 2020

Les commémorations du 75éme anniversaire de la libération du camp

Au mémorial de la Marche de la mort, dans la forêt de Below, une cérémonie était prévue en mémoire des victimes de cette « marche ». En raison de la crise sanitaire, elle a dû être annulée. Les invités sont restés silencieux un moment puis ont déposé des couronnes et des fleurs au mémorial.

La cérémonie au Mémorial de la forêt de Below, 2 mai 2020 Crédits photos Mémorial

Le site du Mémorial a mis en ligne les cérémonies du 75e anniversaire de la libération du camp, sans invités. On peut écouter les interventions du Directeur du Mémorial, de ses collaborateurs, du président du Comité international de Sachsenhausen et des autorités allemandes, émouvantes dans ce lieu vide, où on n’entend que les chants des oiseaux.

Parmi les vidéos postées sur cette page, le Chant des Marais, dans la baraque 38, ICI; la version allemande s’intitule « Les soldats des marais » (Die Moorsoldaten) .

En conclusion, voici le poème de Viviane Dourlens, lauréate 2013 du prix Maginot de la Mémoire et du civisme, lycée des Pierres Vives dans les Yvelines, composé après sa visite au camp de Sachsenhausen.

Le poéme de V Dourlens Crédits photos Amicale de Sachsenhausen

Quelques extraits de son poème (il est en entier sur le site de l’amicale)

Mes pas visitent les pas d’Autres,
Vibrent. Résonnance d’une mémoire silencieuse

Repère orthonormé
S’y inscrit un triangle tranchant d’équité.
Points, Lignes et Figures.

Tant d’empreintes s’animent dans les allées mortes
Dans notre esprit, dans les livres,
Sur l’écran de notre mémoire collective

Mémoire qui s’efface
Mémoire en feu
Mémoire en cendre
Mémoire qui vit.

« Sachso » ou le modèle idéal
Où brûlent encore les idéaux

Phénix échappé de la baraque 38
Comme autant d’âmes qui s’envolent libres

Viviane Dourlens

Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, le site de Sachsenhausen existe encore de nos jours dans sa quasi intégralité. De nombreux bâtiments ont été utilisés depuis la fin de la guerre et sont en relativement bon état, de même que la cité SS (plus de 100 villas). Nulle part ailleurs ne peut être montré dans son intégralité un ensemble qui reflète la structure architecturale d’une cité concentrationnaire. Pour l’histoire, c’est un lieu de mémoire irremplaçable. Site de l’Amicale de Sachsenhausen

Les sources principales sont la Fondation pour la Mémoire de la déportation-FMD- (site et revue mémoire Vivante n° 34)-, le Mémorial et Musée de Sachsenhausen et l’Amicale de Sachsenhausen qui a transmis des photos de ses archives et que nous remercions.

Le camp de Dachau : UN SYMBOLE

Ce camp est le symbole des crimes contre l’Humanité de l’univers concentrationnaire, au même titre que le camp d’extermination d’Auschwitz rappelle le génocide du peuple juif.

Dachau est le premier camp de concentration d’État du Reich, créé par Hitler le 22 mars 1933, un mois seulement après son élection comme chancelier. Il est aussi l’avant-dernier camp libéré par les Américains, le 29 avril 1945, la veille de la mort d’Hitler. 

Le camp « modèle »

Porte principale du camp de Dachau 1947, source Wikipédia

Dachau connaît d’emblée une publicité extraordinaire, la presse quotidienne rendant compte des nouveaux convois de détenus, arrêtés par la police bavaroise puis gérés par la SS, ces deux organismes ayant comme chef le même homme : Heinrich Himmler. Le camp devient la référence, le modèle, l’école du crime SS, formant à « l’École de la Violence » les futurs cadres et gardiens SS des camps. Il sert de prototype pour les 1 650 camps ultérieurs (infrastructure, organisation, fonctionnement).   Source : Amicale de Dachau

Dachau est situé dans une plaine marécageuse d’où on extrait la tourbe, au NO de Munich, dans un site isolé qui convient totalement aux critères recherchés par les nazis, l’isolement et la sécurité. Ouvert en 1933, il regroupe les « éléments considérés comme dangereux pour la sécurité du peuple allemand », des « politiques », ennemis de l’intérieur et adversaires du régime, installés dans des baraquements d’une fabrique d’explosifs désaffectés. Outre ces opposants « politiques » sont aussi emprisonnés des citoyens pour des raisons  d’idéologie raciale et « d’hygiène sociale » (homosexuels, Sinté, Roms, juifs après les pogromes de 1938) ou étiquetés « asociaux ».


Déportation d´habitants juifs de Baden-Baden au camp de concentration de Dachau (Archives fédérales allemandes) Source Gedenskätte Dachau

Le camp

Tel que les déportés le connaîtront, il est construit en 1937. Il comprend la zone de détention de sécurité, avec, entre autres, la place d’appel d’une capacité de 40 à 50 000 hommes, les 34 « blocks » dont 2 servent d’infirmerie – le Revier –, le four crématoire, reconstruit en 1939 par des religieux polonais et la zone administrative et fonctionnelle avec les logements des SS, les espaces verts…

Photographie aérienne du camp de concentration de Dachau, 20 avril 1945, Source
Gedenkstätte Dachau

Cette photographie aérienne montre le camp de Dachau le 20 avril 1945.

Les différentes couleurs illustrent les différents secteurs du camp de concentration, chacun avec sa propre fonction.

La zone verte avec les 34 baraques disposées symétriquement correspond au camp des détenus.

La zone orange représente l’exploitation agricole que les SS appelaient par euphémisme « le jardin d’herbes aromatiques ». Les détenus durent y effectuer du travail forcé à partir de 1938. Étant données les conditions de travail brutales, les détenus nommèrent ce site « Plantage » (plantation).

Le secteur de la Kommandantur SS est indiqué en bleu. Le crématoire faisait également partie de cette zone.

La zone jaune correspond au camp de formation SS, dans lequel les SS étaient formés idéologiquement et militairement. C’est là également que se trouvaient les bâtiments administratifs, les logements, les bâtiments de services ainsi que des ateliers où des détenus devaient travailler. Vers la fin de la guerre, le site du camp de Dachau fait plus de deux kilomètres carrés.

Cette photo de 1945 est à comparer avec celle de 2006 qui décrit le site actuel de Dachau

Sur cette photographie aérienne, on aperçoit le site de l’ancien camp de concentration de Dachau. La zone verte montre l’emplacement du mémorial du camp. Le mémorial comprend l’ancien camp des détenus, le site du crématorium et de petites parties de l’ancienne zone de la Kommandantur.

Les photos et les commentaires sont extraits du site Gedenkstätte Dachau

Le camp: 12 ans de fonctionnement

Après 1940, avec la répression des résistants au nazisme venus de toute l’Europe, le nombre des déportés connait une forte croissance, les détenus allemands sont minoritaires, moins de 10 %.

Comme dans les autres camps de l’Ouest, l’évacuation des camps de l’est, commencée en 1944 et poursuivie en 1945, provoque un afflux de détenus (plus de 84 000 après juin 1944) avec son lot d’aggravations des conditions de vie (conditions de travail exténuantes, manque d’hygiène, expériences pseudo-médicales…).

À ces dégradations de conditions de vie s’ajoute l’épidémie de typhus entre décembre 1944 et mai 1945 due à l’arrivée de détenus venant de Hongrie et infestés de poux (17 342 décès, et 2 200 après la libération du camp). 

Dachau reçoit plus de 200 000 détenus, dont plus de 14 500 Français. 41 500  y sont morts.

Sources des données chiffrées : Gedenkstätte Dachau  texte: Gedenkstätte Dachau, Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD), Mémoire vivante, n° 33

Pour plus d’informations sur le camp jusqu’en 1945, voir la page Gedenkstätte Dachau et pour s’informer plus précisément sur le camp de 1933 à 1945, on voir le site de l’Amicale de Dachau

Les camps extérieurs (Kommandos)

Le camp de Dachau disposait, principalement dans le sud de la Bavière, d’un vaste réseau de 140 camps extérieurs au total, comme en témoigne la carte ci-dessous :

Source, Mémoire des Déportations
Pour voir la liste des kommandos, site de l’Amicale de Dachau

Le travail au camp et dans les Kommandos

Les prisonniers sont contraints de travailler principalement dans le secteur des armements aériens. Un déploiement sur un site extérieur, en particulier dans les détails des travaux de construction, équivalait à « l’extermination par le travail ». ( » Le travail rend libre« ) (!)

En 1944, alors que les raids aériens alliés infligent de plus en plus de dégâts et entravent gravement la production d’armements, le ministère des Armements construit des sites de fabrication souterrains à l’épreuve des bombes, en particulier dans les Kommandos de  Mühldorf et Landsberg-Kaufering. Plus de 30 000 prisonniers y ont enduré des conditions de travail et d’emprisonnement meurtriers ; plus d’un tiers d’entre eux n’ont pas survécu (source Gedenkstätte)

L’organisation clandestine

Comme dans d’autres camps, une organisation clandestine se constitue à Dachau.

Initiée par des communistes allemands, elle s’internationalise et se diversifie par la suite. D’autres nationalités et d’autres tendances politiques (chrétiens démocrates, socialistes, etc.) s’unissent et un Comité international se crée. Chaque groupe national a sa direction clandestine.

Malgré la surveillance des SS et de leurs agents de renseignements, solidarité et résistance tiennent bon chez les déportés : actions spectaculaires (défilé du 14 juillet 1944 par les Français se rendant à l’appel, refus collectif d’obéissance le 4 septembre 1944 à l’appel après l’annonce de l’exécution prévue de 92 officiers soviétiques), solidarité quotidienne (nourriture récupérée pour les plus faibles) et sabotage (source Mémoire vivante n° 33).

En avril 1945, lorsque l’ordre de ne pas laisser un détenu tomber vivant entre les mains ennemies est connu du Comité international, des groupes de combat se créent au sein des Kommandos de travail ainsi que des groupes de sécurité dans les Blocks afin de prévenir toute provocation. Des documents ou copie de documents ont réussi à être mis à l’abri lorsque les SS, pressentant la défaite, commencent à détruire archives et documents compromettants pour effacer les traces de leurs crimes. Quelques membres du Comité international préparent en secret la mise en place d’une direction nouvelle et d’une police interne pour le moment où les SS disparaîtront. (Source FMD).

Les évacuations

Au camp de Dachau, l’ordre d’évacuation générale est donné le 28 avril au matin. En fin de soirée, un Comité international est instauré pour maintenir l’ordre. Il impose des laissez-passer pour contrôler les déplacements, tout relâchement de la discipline pouvant tourner au désastre. Le 29 avril, vers midi, une unité de la 45e division d’infanterie américaine atteint le camp en longeant la voie ferrée et tombe sur le train de Buchenwald.

Le train de la mort de Buchenwald-Dachau

Parti le 7 avril de Buchenwald pour Flossenbürg avec 4 480 détenus, ce train de 39 wagons est dérouté vers Dachau, en raison de l’avance américaine. Le 29, les soldats découvrent ce train stationné à proximité du camp, rempli de cadavres. Seuls les vivants sont rentrés dans le camp, les morts ont été laissés sur place. Ce « train de la mort » devient un des symboles de la barbarie nazie.


Des soldats de la 45e division d’infanterie américaine sont chargés d’encadrer de jeunes garçons de la Jeunesse hitlérienne obligés de regarder les cadavres de déportés entassés dans un wagon près du camp de Dachau, avant leur inhumation  30 avril 1945 Source :site Canopé  

Peu après cette macabre découverte, un détachement de la 42e division d’infanterie pénètre dans le camp et désarme les gardes. Des milliers de détenus enfin libres sortent acclamer leurs libérateurs.

Les détenus saluent leurs libérateurs (USHMM) Source Gedenkstätte Dachau

Mais le sort de milliers d’autres de leurs camarades des Kommandos extérieurs et camps annexes, demeure incertain. Le Kommando d’Allach (créé en 1943 à l’ouest de Munich, il travaillait au profit des usines d’aviation de la firme BMW et incluait également une fabrique de porcelaine; il a compté jusqu’à 10 000 détenus) vit, comme beaucoup d’autres, des instants d’angoisse extrême sur la conduite finale des SS avant d’être libéré le 30 avril 1945.

Le site commémoratif de 1965 à aujourd’hui

Dès 1955, le Comité International de Dachau est constitué, et 10 ans après, le site commémoratif du camp ouvre ses portes et présente une exposition.  La nouvelle, inaugurée en 2003, permet de suivre le « chemin des déportés » de leur arrivée au camp, pendant leur détention et jusqu’à leur libération. D’autres expositions permanentes sont visibles. Voir le site Gedenkstätte Dachau

En 2020, la cérémonie de commémoration du 75e anniversaire de sa libération, qui devait accueillir plus de 2 000 personnes a été annulée, comme celles des autres camps et comme toutes les commémorations prévues pour cet anniversaire. Ce fut une décision « particulièrement difficile pour toutes les parties concernées en raison de son importance et de celle que l’événement revêt pour tant de personnes » (Source, site Gedenkstätte Dachau).

Cependant, cet anniversaire n’a pas été oublié : « 2 cérémonies virtuelles » se sont déroulées à Dachau.

-le 29 avril, jour anniversaire de la libération avec les autorités bavaroises ( voir cette cérémonie ICI)

-le 3 mai, jour prévu des commémorations. Voir le site du Mémorial

Merci à M J.M. Thomas, président du Comité International de Dachau (CID) pour l’envoi des liens permettant de vivre ou de revivre ces deux journées.

Même sans présence  physique, l’émotion est tout aussi présente et les liens tout aussi vivants.

La minute de silence des autorités bavaroises, le 29 avril 2020

Flossenbürg, un camp « oublié »

Comme pour les autres camps de concentration, les cérémonies prévues à Flossenbürg pour le  75éme anniversaire de sa découverte ont été annulées. Mais nous continuons, à notre façon, de rendre hommage à celles et ceux qui, « par leur esprit de résistance, leur volonté et leur profond attachement à préserver leur dignité, ont surmonté des conditions inhumaines malgré la présence et la menace permanentes de la mort…. De tout cela, rien ne doit être oublié…. » (Message de la Journée nationale du  souvenir des victimes et des héros de la déportation, 26 avril 2020)

« Rien ne doit être oublié » pour celles et ceux qui ont été les victimes de cette idéologie meurtrière,  mais aussi par nous, les générations suivantes.

A « l’occasion du 75éme anniversaire de la libération du camp de Flossenbürg », le Consulat général de France à Munich a déposé une gerbe pour, dit son communiqué, rendre  » hommage aux déportés et victimes de la barbarie nazie internés dans ce camp, parmi lesquels figurent 5 000 de nos compatriotes »


Gerbe du Consulat général de France à Munich 27 avril Photo: Ministère de l’Europe et des affaires étrangères  

« Flossenbürg ressemble à une ville de barbelés et de briques, aux abords de la carrière de granit. L’alignement des baraques, étagées sur la colline, reflète parfaitement l’esprit de la planète concentrationnaire : les déportés n’y sont plus que des matricules, inscrits à même la peau. Chacun d’entre eux doit se plier à la méthodique entreprise de déshumanisation nazie. Un déporté qui tombe, c’est un simple chiffre en moins. Le poteau des pendaisons publiques est dressé pour l’exemple, commun rappel constant de la précarité de la vie. Sous-hommes traités en sous-hommes, il faut pour les détenus trouver dans la fraternité aléatoire des baraques un soutien, un ami, un regard humain, un geste, en fait quelque chose qui aide à tenir et à subir. A la libération (…) Le malheur s’arrête. Mais les cauchemars et les souvenirs commencent. » Source Mémoire et Vigilance n° 36, janvier 2003

Pour mieux connaître ce camp « oublié »,  l’Amicale de Flossenbürg nous propose le texte de Robert Deneri, ancien président de l’association de Flossenbürg  de 1996 à 2001, déporté à Sachsenhausen puis à Flossenbürg (Matricule n° 45623). En une page, il évoque ce camp, de ses origines à sa libération au mois d’avril 1945.

Des compléments à ce document permettront à nos lecteurs de mieux connaître ce camp, afin qu’il ne soit plus « oublié ». Les extraits du texte de Robert Deneri seront indiqués en italique

Le camp de Flossenbürg, un parmi de nombreux autres

Le camp de Flossenbürg, un parmi de nombreux autres Source Fondation pour la Mémoire de la Déportation

En Allemagne, le camp se situe dans « le Haut-Palatinat bavarois, près de la frontière, à 800 mètres  d’altitude au cœur d’une forêt dans l’Oberpfalz tchèque


Le camp en 1940 Source  Kz-Gedenkstätte Flossenbürg

Le choix de ce lieu correspond aux critères recherchés par les SS: isolement et éloignement des voies de communication, exploitation du granit (voir ci-dessous) qui permet de participer aux grands travaux prévus par le régime nazi, à l’industrie allemande, et à l’effort de guerre, sans frais de main d’œuvre !

Le camp

Plan du camp principal Source Association de Flossenbürg

Les kommandos extérieurs sont nombreux: 95 kommandos, dont 69 en Allemagne et 26 en Thécoslovaquie [ République tchèque aujourd’hui, NDLR]. Ils sont créés après 1942, lorsque les détenus sont mis au travail pour alimenter l’industrie de guerre. Selon l’Amicale de Flossenbürg, 47 kommandos (9 de femmes et 35 d’hommes) auraient accueilli des Français.

Les camps satellites; voir la liste sur le site Mémoire des Déportations
« le camp de concentration de Flossenbürg devient à partir de 1942 la centrale d’un système concentrationnaire largement ramifié » KZ-Gedenksätte Flosse,nbürg

« Le travail imposé tourne toujours autour de deux grands axes: d’une part  l’industrie de l’armement, et en particulier de l’aéronautique avec des usines Messerchmitt, et d’autre part les travaux du sol dans les carrières de granit, le forage de tunnels et d’usines souterraines« .

La Gedenskätte de Flossenbürg surnomme la ville: la localité du granit  » en raison de ses gisements de granit, de nombreuses carrières y sont mises en œuvre à partir de la fin du XIXème siècle.

Ouvrier-carrier sur la colline du château-fort 1896 Source KZ-Gedenskätte-Flossenbürg
 

Cette carrière, distante d’environ 300 mètres du camp, comportait les fronts d’extraction proprement dits et une entreprise attenante où le matériau était transformé en pierre de taille.

Dans cette carrière, les accidents sont à l’ordre du jour. Le froid, le travail exténuant, la nourriture totalement insuffisante et la violence arbitraire des SS mènent à la mort de nombreux détenus. Source :Mémoire et Vigilance,  n° 36, janvier 2003   

La photo suivante (sur laquelle on voit la carrière) ne doit cependant pas faire illusion, quant au quotidien des détenus. Elle date de 1942, et, de plus, est prise par un SS.

Appel pour le repas 1942 Source KZ-Gedenskätte -Flossenbürg

Les conditions de vie (de survie?) se sont détériorées au fur et à mesure de l’avancée de la guerre, surtout après 1943. Pour la plupart des détenus, la question déterminante est « comment vais-je arriver à survivre demain? » (Source KZ-Gedenskätte-Flosssenbürg)

C’est dans les Kommandos de Hersbruck, de Johanngeorgenstadt et de Leitmeritz que les taux de décès sont les plus importants parmi les Français avec respectivement 74, 59 et 55 %.

Au total, on estime à 84 000 hommes et 16 000 femmes originaires de plus de 30 pays, le nombre d’internés à Flossenbürg, entre 1938 et 1945 (Source KZ-Gedenskätte-Flosssenbürg). Robert Deneri évoque 5344, dont  965 femmes, le nombre de Français passés par ce camp avant avril 1945

Les évacuations

En mars 1945 près de 53 000 prisonniers étaient détenus à Flossenbürg, dont 14 500 dans le camp principal.

En outre, en avril 1945, des milliers de déportés évacués d’autres camps, en particulier de Buchenwald, arrivent à Flossenbürg, entre deux « marches de la mort », sans y être immatriculés…

…Le 20 avril 1945, alors que les troupes alliées approchent, le camp est évacué en quatre colonnes qui comprennent au total 14 800 détenus, dont l’une atteint Dachau. Lors de marches forcées d’environ 80 km, 7 000 périssent alors que les survivants sont libérés le 23 avril 1945 sur la route de Cham (Cham est à environ 80 km de Flossenbürg [NDLR]) par une colonne blindée américaine, tandis qu’une autre libérait le camp lui-même le même jour

Les évacuations :
La moitié des détenus envoyés sur ces « routes de la mort » périt, ce qui correspond au rythme effarant d’un mort d’épuisement ou par balle toutes les 35 secondes ! (Source FMD)

Max Kögel, commandant du camp lança entre 25000 et 30000 déportés dans les marches de la mort, du 15 au 20 avril 1945. Un premier convoi, de Juifs, arrivé de Buchenwald fut envoyé à Theresienstadt, tandis que quatre colonnes principales furent dirigées à pied vers Dachau: une seule atteint son but, les autres errèrent jusqu’à leur rencontre avec les Alliés.

Les évacuations de Flossenbürg illustraient l’impasse d’une situation qui n’en finissait pas de finir. Dans les sites reculés, les gardes ne montrèrent aucun scrupule à liquider les détenus qui n’étaient plus capables de se remettre en marche et, lorsque la progression se trouva définitivement bloquée, ils eurent à choisir entre massacrer les détenus et fuir, ou abandonner leurs prisonniers en disparaissant. Le hasard, ou la personnalité d’un SS a fait la différence. (Source FMD)

Le 23 avril, lorsque les membres du 358 ème et du 359 ème régiments d’infanterie américains libérèrent Flossenbürg, un peu plus de 1 500 détenus restaient dans le camp. Environ 200 moururent après la libération.(Chiffres, Source Encyclopédie Multimédia de la Shoah   Les détenu(e)s des Kommandos de Rabstein et Zwodau sont libéré(e)s par les Soviétiques le 8 mai. ( Mémoire et Vigilance,  n° 36, janvier 2003)

Un terrible bilan humain

Durant les sept années de son existence, plus de 100 000 détenus furent internés au camp de concentration de Flossenbürg et ses Kommandos, parmi eux plus de 5200 Français et Françaises. Plus de 30 000 personnes sont mortes dans le complexe du camp de Flossenbürg à cause d’assassinats ciblés, de conditions de vie catastrophiques et de l’enfer des marches de la mort. Le nombre de personnes assassinées et décédées dans le camp principal devrait se situer entre 13 000 et 15000. Plus de 10 000 hommes et femmes sont morts dans les Kommandos. Il est impossible de chiffrer, avec exactitude le nombre des victimes des marches vers la mort, mais il dépasse probablement 8000. (Source, site de l’Association de Flossenbürg   )

Le bilan en pertes humaines des déportés français est très lourd : environ 60% . La Fondation pour la Mémoire de la déportation explique ce chiffre élevé par le fait que, d’une part, la plupart d’entre eux vient d’un autre camp, Buchenwald, Dachau, voire de prisons, et l’état sanitaire général est déjà très altéré et que, d’autre part, les Français n’ont jamais détenu de position clé dans la hiérarchie interne déléguée par les SS aux détenus. Ils sont donc envoyés dans les Kommandos les plus durs comme celui d’Hersbruck où la mortalité dépasse 73%,ou à la carrière de granit, ou encore au creusement des galeries de Leitmeritz. (SourceMémoire et Vigilance,  n° 36, janvier 2003)   

75 ans après…

Un mémorial avec une stèle portant les noms de déportés morts à Flossenbürg a été érigé après la guerre à la demande des associations. Il accueille chaque année les cérémonies du souvenir à la mémoire des morts à l’occasion du pèlerinage qui a lieu au mois de Juillet.


Pèlerinage de Juillet 1980. Porte-drapeau, Laurent Alibert et Marcel Burtin. Ce dernier a été interné au Struthof, transféré à Buchenwald, puis à Flossenbürg au kommando de Janovice (république tchèque aujourd’hui) Mle 1429 Photo Association de Flossenbürg

Le terrain sur lequel était implanté Flossenbürg ayant été « privatisé » après guerre, il ne subsiste plus du camp que quelques vestiges comme le crématoire, une partie du « Bunker » aménagée en musée et une chapelle construite postérieurement.…

Ce patrimoine a été rendu à la Fondation des mémoriaux, mais une autre partie du camp reste propriété communale et sa récupération se heurte à des obstacles liés au droit des communes allemandes. Un lotissement desservi par une route communale a été construit sur les terrasses des anciennes baraques. La route dissocie l’espace entre la Kommandantur et la place d’appel : des démarches sont faites régulièrement pour obtenir la réintégration de ce domaine au patrimoine de la Fondation allemande…. Dossier suivi par l’Amicale de Flossenbürg… (Source Mémoire et Vigilance,  n° 36, janvier 2003)

Site internet de l’Association de Flossenbürg

Après plusieurs mois de développement, l’association de Flossenbürg  vous informe de l’ouverture de son nouveau site internet : ICI

Mot du Président de l’Association à cette occasion:

« Depuis sa création en 1945, il y a maintenant 75 ans, l’Association des déportés et Familles des disparus du camp de Concentration de FLOSSENBÜRG et Kommandos, n’a cessé d’accumuler et de diffuser des informations et des connaissances afin de préserver et de transmettre l’histoire du camp et la mémoire des déportés.

Ce nouveau site  permet aux familles des déporté.e.s de trouver ou de transmettre des informations liées à l’histoire de ces dernier.ère.s.

Il permet aux enseignants et à leurs élèves de compléter les livres d’histoire, par des témoignages, dont la portée émotionnelle engendre l’échange et la réflexion collective.

Il permet de créer du lien entre toutes les générations et d’inviter les plus jeunes à relayer ces informations.

Nous souhaitons qu’il permette de tisser des liens avec d’autres associations, d’autres nationalités, en relayant, nous-mêmes, leurs informations.

Nous vous invitons à le consulter régulièrement, car de nouveaux documents vont être intégrés, de nouvelles interviews sont en cours.

 Nous vous souhaitons une bonne visite sur notre site ».

F. Hernandez, Président de l’Association des Déportés et familles des Disparus du Camp de Concentration de Flossenbürg et Kommandos

Merci à l’Association de Flossenbürg pour son aide et le partage de ses documents

«Ce qu’était Bergen-Belsen»

« …60 ans que nos nuits sont visitées. Visitées par les souvenirs de ce que j’appelle “là-bas”, c’est-à-dire, le monde du Mal Absolu ».

Ces mots sont extraits de l’ouvrage de Francine Christophe Le Pêle-Mêle (p. 62, chapitre 14, sous le titre : « Ce qu’était Bergen-Belsen »). « Là-bas », c’est Bergen-Belsen, découvert le 15 avril 1945 par les Britanniques.

Le Memorial à l’entrée du camp Source

Le camp de Bergen-Belsen 

Il est situé à 60 km au NE de Hanovre, entre cette ville et Hambourg, dans la lande de Lunebourg, en Basse-Saxe

Situation du camp de Bergen-Belsen Source

« Une grande route centrale et, de chaque côté, des enclos séparés par des barbelés. Des baraques dans chaque enclos. » (Francine Christophe, Une petite file privilégiée Ed. L’Harmattan p 71 chap. Bergen-Belsen)

Plan du camp Source
Légende Source

Ce plan et la légende qui l’accompagne résument à eux seuls l’histoire complexe de ce camp qui a connu divers statuts jusqu’à celui de « mouroir », terme non officiel du vocabulaire nazi, mais reflet de la réalité. Plusieurs aspects de la Seconde Guerre mondiale et de la politique national-socialiste de persécution et d’anéantissement se retrouvent ainsi dans l’histoire des différents camps situés à Bergen-BelsenExtrait du site

Le Plan du camp avec l’échelle donne aussi une idée de la complexité du camp ou, plutôt des différents camps . Voir ce plan en suivant ce lien Source

L’histoire de Bergen-Belsen est tout aussi complexe que son plan comme le prouve cette page du site  » Mémoire des Déportations » qui met en parallèle la Seconde Guerre mondiale et ses besoins en armements, la politique national-socialiste de persécution et d’anéantissement qui « se retrouvent ainsi dans l’histoire des différents camps situés à Bergen-Belsen »… Lequel, sans être « un camp d’extermination ou un lieu d’exécutions massives par fusillades … est un camp où les détenus meurent  suite à la négligence systématique, à l’arbitraire et aux violences des SS. » Source

Bergen-Belsen, « épicentre des évacuations »

Source : Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD)

À partir de décembre 1944, Bergen-Belsen est la destination des convois d’évacuation. Ils  convergent alors d’un peu partout vers ce camp qui devient « l’épicentre des évacuations » de détenus. Ces rescapés des « marches de la mort » arrivent à pied des annexes de Neuengamme, ou par convois de Dora-Mittelbau, Buchenwald, Sachsenhausen, Flossenbürg et même Leonberg, une annexe de Natzweiler. On a pu parler à propos des envois à Bergen-Belsen « d’épurations avant évacuations ». (FMD)

Augmentation des effectifs des détenus à Bergen-Belsen. (Chiffres Fmd)

Décembre 1944 : environ 15 000
1er février 1945 : environ 22 000
1er mars 1945 : environ 41 520

On comprend la faim, les épidémies et la surmortalité qui s’accroît après février 1945 avec l’arrivée du typhus, d’autant plus que les nazis nourrissent l’épidémie avec l’arrivée de nouveaux convois.

En mars 1945, 18 500 décès sont dénombrés à Bergen-Belsen. Il n’y a plus d’eau, plus de nourriture; le crématoire ne suffit plus à brûler les morts, les cadavres s’entassent à même le sol et dans les baraques.

Évacuations et libérations

À partir du 6 avril, les « juifs d’échange » sont évacués par 3 convois vers Theresienstadt ; un y arrive, les deux autres sont libérés en cours de route par les Américains à Magdebourg, l’autre, le « transport perdu » est libéré par les Soviétiques près de Tröbitz, en Saxe, le 23 avril, après 3 semaines d’errance. C’est dans ce train convoi que se trouvaient Francine Christophe et sa mère, atteinte du typhus, ainsi que le bébé né à Bergen-Belsen et sa mère.

Bergen-Belsen après le 15 avril 1945

Après pourparlers et négociations, le camp est remis aux autorités militaires britanniques le 15 avril.

Kramer, prisonnier des Britanniques Source Canopé , CNRD
« les fers aux pieds, le bourreau est sous bonne garde » Mémoires de guerre
Lorsque Joseph Kramer prend ses fonctions de commandant du camp de concentration de Bergen-Belsen, les conditions d’existence des “Juifs d’échange” commencent à ressembler au régime concentrationnaire. Avec les Kapos, détenus chargés de certaines fonctions par la SS, et les « souris grises », les surveillantes, les conditions d’existence, précaires dès la création du camp, se dégradent de plus en plus.
 
Source FMD
En complément sur les témoignages et les photos prises par les libérateurs, voir un article de Télérama qui, bien qu’il soit de 2015, garde toute son actualité quant aux questions que se posaient les photoreporters confrontés à l’horreur  » comment photographier l’extermination de masse ?  L’article est ICI en suivant ce lien

Ce que les Britanniques trouvent remplit la presse mondiale : « 55 000 loques humaines et 10 000 cadavres non-inhumés ».

cuisine ambulante installée par les Britanniques Source Mémorial de la Shoah

Il leur est impossible de juguler la mortalité. 15 000 personnes meurent encore avant la fin du mois de juin. Le 21 mai 1945, les baraques sont brûlées pour empêcher la diffusion de l’épidémie. Les derniers survivants sont évacués à la fin du mois de mai à cause de la quarantaine.

Source FMD
Le camp de Bergen-Belsen avait disparu de la surface de la terre. Seules sont restées les fosses communes dans la lande qui rappellent à tous ce qui s’est passé à Bergen-Belsen. Extrait de Eberhard Kolb, Bergen-Belsen. Du « camp d’hébergement » au camp de concentration 1943-1945,
Vandenhoeck und Ruprecht, 1985, pages 46-51
(traduction de l’allemand par Françoise Manfrass) Source Canopé

Parmi les 120 000 détenus à Bergen-Belsen, on estime à 50 000 le nombre de morts, de faim, de maladies et de violences. 3 000 enfants de moins de 15 ans ont été internés à Bergen-Belsen, 500 âgés de 18 mois à 15 ans survivaient à la libération. Source

La solidarité pendant la détention et après la libération

Source FMD

26 Avril 2020, jour d’Hommage aux Victimes et Héros de la Déportation

Comme chaque année, depuis 1954, le dernier dimanche du mois d’avril est consacré à rendre hommage aux victimes et héros de la déportation.  Mais, en raison de la situation exceptionnelle induite par la pandémie, les cérémonies qui réunissent associations de déportés et de résistants et élus sont annulées.

Cette année 2020 devait pourtant revêtir une importance particulière car elle marque le 75éme anniversaire de la découverte des camps et de la libération des survivants.

Rosiers de Ravensbrück, FNDIRP

La France ne peut oublier celles et ceux des siens qui ont vécu l’enfer concentrationnaire et dont beaucoup n’en sont pas revenus. Les drapeaux sont en berne en hommage aux déportés.

Le Conseil Représentatif du Monde de la Déportation (CRMD), représentant les Associations de mémoire des camps nazis, est en totale union avec tous ceux, qui, à leur manière, selon leurs moyens, dans leurs communes, avec ou sans les élus et les représentants d’associations, par les réseaux sociaux, ou tout simplement par la pensée, participent à cet hommage en communion avec « les survivants de ce drame du genre humain ».

Vous trouverez ci-dessous le message de la « Journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation » rédigé conjointement par la Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) et les Associations de mémoire des camps nazis, l’Union Nationale des Associations de Déportés, Internés, de la Résistance et Familles (UNADIF-FNDIR)

MESSAGE

Journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation

Dimanche 26 avril 2020

Il y a soixante quinze ans, au printemps 1945, plus de 700 000 hommes, femmes et enfants étaient regroupés dans ce qui restait de l’univers concentrationnaire et génocidaire nazi à l’agonie.

La moitié d’entre eux devait encore périr, notamment dans les marches de la mort, avant que les armées alliées, dans leur progression, n’ouvrent enfin les portes des camps sur une insoutenable vision d’horreur.

Les survivants de ce drame du genre humain, par leur esprit de résistance, leur volonté et leur profond attachement à préserver leur dignité, ont surmonté des conditions inhumaines malgré la présence et la menace permanentes de la mort.

Le 1er octobre 1946 s’achevait le procès de Nuremberg qui fondait la notion de « crime contre l’humanité » et posait les bases du droit pénal international.

De tout cela, rien ne doit être oublié…

Et pourtant, si les déportés ont su montrer dans les pires circonstances que la résistance face au crime demeurait toujours possible, leur persévérance à témoigner partout et auprès de tous ne suffit pas à faire disparaître la haine, le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et le rejet des différences.

Combattre sans relâche les idéologies qui affaiblissent notre modèle républicain et prônent le retour à l’obscurantisme et au fanatisme,

Promouvoir la tolérance,

Investir dans l’éducation morale et civique des jeunes générations.

C’est le message des déportés, qui veulent faire de la journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation, une journée d’hommage, de recueillement, et plus encore, d’engagement personnel.

La période dramatique de la déportation rappelle en effet cruellement que les êtres humains sont responsables de l’avenir qu’ils préparent à leurs enfants, et qu’ils partagent une même communauté de destin.

Ce message a été rédigé conjointement par :

La Fédération Nationale des Déportés, internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP)

La Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) et les Associations de mémoire des camps nazis,

L’Union Nationale des Associations de Déportés, Internés, de la Résistance et Familles (UNADIF-FNDIR)

Avril 1945, découverte du camp de Mittelbau-Dora

Le 11 octobre 1945 est le jour de la libération du camp de Buchenwald, mais aussi de Mittelbau-Dora. « Dora » est fondé en 1943, en tant que camp extérieur du camp de Buchenwald dont il est distant d’environ 80 km.

En octobre 1944, il devient un camp autonome auquel s’ajoute une trentaine de Kommandos, des camps extérieurs, dont celui d’Ellrich-Juliushütte, « l’enfer de Dora », à 15 km de Dora, créé en mai 1944 : l’ensemble devient ainsi le complexe autonome de Millelbau-Dora. Il ne fut jamais un camp vers lequel les déportés étaient directement envoyés. Jusqu’à l’automne 1944, la majorité des convois passent par Buchenwald et, plus tard, ils viennent aussi d’Auschwitz et de Gross-Rosen. Le nombre de Français envoyés dans ce camp est relativement important: en octobre 1944, ils représentent 16 % de l’ensemble des déportés (3ème groupe après les détenus soviétiques et polonais), mais ils connaissent un taux de mortalité plus élevé (source : Mémoire et Vigilance n°69, décembre 2014).

Le rôle de Dora

Ce camp est la concrétisation de l’exploitation des déportés dans le système concentrationnaire et dans la guerre totale qui a besoin de cette main d’œuvre pour ses usines d’armement.

Évocation de Dora par une fusée http://memoiredora.free.fr/pages/0.html

En août 1943, l’usine de Peenemünde, sur la mer Baltique, où étaient fabriquées les fusées V2, est bombardée. C’est pour cette raison que cette production est transférée en Thuringe, dans des usines souterraines, et que le « tunnel », auquel s’ajoutent d’autres tunnels ultra-secrets, est créé sur ordre de Himmler : personne ne doit sortir vivant de Dora ! 60 000 hommes de toutes nationalités connaîtront l’enfer de Dora, 20 000 en mourront (source FMD).

Les détenus aménagent les réseaux de tunnels déjà existants et installent « l’usine du centre-Mittelwerk » au cœur du tunnel. Cette usine de fusées devient une entreprise d’État qui fabrique ces armes de représailles (source André Sellier, site de Dora https://dora-ellrich.fr/) sous la direction de spécialistes comme Wernher Van Braun, Arthur Rudolph – le directeur de l’usine de Peenemünde – et d’ingénieurs. C’est dans cette usine qu’en janvier 1944 commence la production des V2 à partir des pièces détachées venant de toute l’Allemagne. Les premiers tirs de ces fusées sur Londres ont lieu en septembre 1944.

Fusée V2 dans l’usine souterraine de Dora-Mittelbau, 1944. ©Ullstein Walter Frentz, Berlin Source FMD       

Au début de l’année 1945 débute la production des missiles de défense antiaérienne, après celle des bombes volantes V1 (source André Sellier, site de Dora https://dora-ellrich.fr/).On comprend l’importance stratégique du camp de Dora pour les nazis pendant la guerre, comme on comprendra son importance pour les libérateurs américains en avril 1945.

Les évacuations

L’avancée des troupes alliées après leur traversée du Rhin pousse l’administration du camp de Dora et de ses annexes à ordonner leur évacuation avec l’objectif de les déplacer vers d’autres camps, Bergen-Belsen, Neuengamme ou Sachsenhausen.

Flèches bleues du haut : les forces britanniques
Flèches bleues du bas : direction générale des forces américaines du nord
Flèches rouges forces soviétiques Source FMD

L’évacuation de Dora commence les 5 et 6 avril 1945. Près de 20 000 détenus, destinés au début à Neuengamme, sont finalement répartis dans la région de Bergen-Belsen après des parcours en train perturbés par la progression des Britanniques.

Il y a environ 150 km à vol d’oiseau entre Dora et Bergen-Belsen, mais les opérations militaires font, qu’après la marche forcée et le train, ce sont six jours de voyage qu’endurent les détenus.

Dessin de Léon Delarbre : “le transport de Dora à Bergen-Belsen, 4 jours et 5 nuits dans la pluie et le froid. Nous étions 100 par wagon, sans toit, sans nourriture, sans eau, et presque sans vêtements”, Avril 1945. (©MRD Besançon) Source FMD

Le dernier transport d’évacuation des camps de Mittelbau-Dora, le plus important avec 4 000 détenus, parti le 5 avril pour Neuengamme, arrive finalement à Ravensbrück le 14 avril après un parcours semé d’imprévus, coupé de parcours à pied et de changements de direction en fonction de la progression des troupes américaines. 

D’autres convois, évacués de Dora et de camps annexes se retrouvent bloqués et immobilisés près de la ville de Gardelegen.

La tragédie de la grange de Gardelegen

Les convois vers Gardelegen Source FMD

Entre les 9 et 11 avril 1945, plusieurs convois d’évacuation en provenance de camps annexes de Dora et Neuengamme arrivent en gares de Mieste et de Letzhingen, près de Gardelegen. Peu après l’arrivée des trains, le SS Gerhard Thiele, chef de la circonscription administrative (Kreisleiter) de Gardelegen, décide du sort des détenus avec la complicité d’officiers de la Wehrmacht et de la Luftwaffe et l’aide de membres de la Volkssturm, des Jeunesses hitlériennes et du Front du travail : ils seront enfermés dans la grange Isenschnibbe, laquelle sera incendiée.

Le vendredi 13 avril après-midi, tous les détenus sont dirigés vers la grange, les moins valides sur des chariots. Le sol de la grange est recouvert de 50 cm de paille imbibée d’essence. Lorsque tous les prisonniers sont à l’intérieur les soldats bloquent les portes avec des blocs de pierre et mettent le feu. De nombreux prisonniers tentent de sortir et sont abattus à la mitrailleuse. Au total ce massacre fait 1 016 victimes.

Les troupes américaines, arrivent sur les lieux de l’horreur le 15 avril au matin, alors que le feu couve encore. Une fosse commune où des cadavres avaient été enterrés sommairement est découverte devant la grange.

soldat américain contemplant les corps calcinés source FMD    

Les habitants de Gardelegen sont requis pour enterrer les victimes. Du 18 au 24 avril 1945, environ 200 hommes doivent exhumer les cadavres déjà enterrés dans la fosse commune

Des citoyens de Gardelegen exhument les victimes de la fosse commune (avril 1945). ©NAW Source FMD

Le 25 avril, la 102ème division d’infanterie américaine ordonne une cérémonie pour honorer les victimes et fait ériger une plaque commémorative.

Toutes les victimes sont ensuite ensevelies à des emplacements individualisés dans un champ proche, transformé en cimetière. Les tombes sont marquées d’une croix de bois de couleur blanche ou d’une étoile de David.

Les victimes sont enterrées une par une par la population qui a préparé les croix blanches visibles au premier plan. ©NAW/FNDIRP source FMD

Lors de cette cérémonie, le colonel George Lynch, adresse ces mots aux civils allemands, (extraits) : « Votre prétendue race supérieure a démontré qu’elle est supérieure seulement en criminalité, cruauté et sadisme. Vous avez perdu le respect du monde civilisé ».

Dès le 19 avril, le massacre de Gardelegen paraît dans la presse américaine citant ces mots d’un soldat : « Avant, je ne savais pas vraiment pourquoi je me battais. Avant cela, vous auriez dit que ces histoires étaient de la propagande, mais maintenant, vous savez que ce n’en était pas. Il y a les corps et tous ces gars sont morts ».

Les prises de vue des reporters américains servirent de preuves lors du procès des responsables. Les quelques détenus qui avaient survécu au massacre furent pris en charge par les services sanitaires américains.

La population de Gardelegen reste aujourd’hui encore réticente à admettre l’implication de la commune dans ce drame. Le principal coupable du massacre, Gerhard Thiel, bénéficiant d’indulgences et de complicités, peut finir tranquillement ses jours dans une ville d’Allemagne.

Compléments récits, témoignages sur le site http://www.resistances-morbihan.fr/de-dora-a-gardelegen/ qui reprend des textes d’André Sellier, déporté et historien de Dora. Il livre les témoignages de deux des trois Français rescapés, sur les huit sortis vivants du brasier : Georges Crétin et Guy Chamaillard.

La libération du camp de Dora (Source Association de Buchenwald-Dora https://asso-buchenwald-dora.com/)

Les documents de l’époque ne font pas référence à la libération du camp d’Ellrich qui était vide le soir du 5 avril, en dehors des derniers cadavres.

A Nordhausen, le « mouroir de Dora », où les SS avaient ouvert un camp pour les inaptes au travail (André Sellier) il ne restait que les grands malades et les survivants du bombardement de la « Boelcke Kaserne ». Les Américains découvrent les cadavres de plusieurs milliers de détenus. Ils les font inhumer par la population de Nordhausen dans ce qui est appelé aujourd’hui  le « cimetière d’honneur » ( Ehrenfriedhof) de Nordhausen. Les détenus décédés peu après la libération y sont aussi également inhumés.

Il n’y a donc pas eu, à proprement parler de « libération » de Dora puisque, lorsque des unités de la IIIème Armée américaine y sont arrivées le 11 avril, les détenus valides avaient été évacués. Mais, si les Alliés n’ont pas porté grand intérêt à des camps vidés de leur population, il en est autrement pour Dora, sa fabrication de fusées et ses ingénieurs.

De l’enfer à la lune

Les spécialistes américains se précipitèrent pour examiner les installations et emportèrent les éléments d’une centaine de fusées.

Membres du congrès américain examinant le système de propulsion d’un V2 (1er mai 1945). ©NAW Source FMD

L’ingénieur von Braun et le général Walter Dornberger – directeur des Armements de l’armée allemande –, responsables du projet V2, ainsi que de nombreux techniciens et spécialistes, réfugiés en Bavière, complices des conditions d’exploitation des détenus au profit de la production « des armes nouvelles », se sont rendus aux Américains avec leurs archives. Von Braun est transféré aux Etats-Unis après la capitulation allemande; il sera naturalisé américain en 1955.

Von Braun

Né en 1912 en Posnanie (dans la Pologne actuelle), il devient le directeur technique du centre d’essai d’engins spéciaux de Peenemünde et continue ses recherches à Dora.

Il participe au programme spatial des Américains – comme d’autres ingénieurs allemands le faisaient en URSS – et contribue ainsi au programme Apollo en développant la famille des fusées « Saturn » à la NASA, l’agence spatiale américaine.

C’est une personnalité discutée, complexe, ambivalente avec le régime nazi : sans état d’âme envers ce régime, convaincu qu’il doit participer à l’effort de guerre allemand, ou faut-il croire ses propos qui minimisent sa position dans le camp ? Les témoignages des déportés montrent qu’il ne pouvait ignorer leurs conditions de travail.

En tout cas, cet ingénieur allemand (décédé en 1977 en Virginie) est un de ceux qui ont permis à l’homme de marcher sur la lune.

« De l’enfer à la lune »….au théâtre

En 2008 est créée à la Rochelle, une pièce de théâtre dont l’auteur, et un des acteurs,  est Jean-Pierre Thiercelin, fils de déporté à Dora.

 « Une pièce de théâtre sur le camp de Dora ? Tabou ! »  https://dora-ellrich.fr/enferlune/

Son objectif est la transmission, en particulier  aux jeunes, en dépassant les « sources brutes », celles des témoignages… sans « laisser la moindre brèche à l’indifférence » en leur rappelant le « martyre » de ceux qui, pour la plupart, étaient, au moment de leur déportation, des adolescents comme eux.

« Pour ceux qui ignorent l’histoire de Dora, c’est un condensé riche de renseignements, couplé aux émotions directes. » …

« Pour ceux qui sont avertis, c’est une résonnance. » …

« Mais il y a aussi la lune, annoncée dans le titre, comme pour mêler le merveilleux à l’horreur, le rappel historique évident d’abord. Sans la main d’œuvre servile d’Albert Speer, procurant des « stücke » aux usines de V1 et V2, de Wernher von Braun, sans ces déportés voués à la mort par le travail dans le vacarme et la puanteur des usines souterraines de Dora, bref, sans « la nuit et le brouillard » des camps, pas de Nasa ni de programme spatial américain… »

« La petite troupe virtuose des acteurs réussit à présenter les multiples facettes de la tragédie et délivre en fin son message d’espoir qu’elle ne sera pas perdue : aux enfants de vivre en connaissance de cause et d’assurer la vigilance nécessaire pour qu’elle ne se renouvelle pas. »

Source https://dora-ellrich.fr/enferlune/

En hommage aux déportés du camp de Dora

Après 15 années de recherche, plus de 4 ans d’écriture, le Dictionnaire des déportés de France passés par le camp de Mittelbau-Dora doit paraître au mois de septembre 2020. Il permettra de rendre hommage à ces 8 971 destins brisés.

Le camp de Buchenwald est libre !

Le printemps 1945 voit la découverte, par les armées alliées, de la plupart des camps de concentration et de la réalité brutale du système concentrationnaire. C’est aussi la libération des déportés survivants.


Dessin de Thomas Geve, enfant de Buchenwald, réalisé à sa sortie du camp : « wir sind frei  » (nous sommes libres) – 11 avril 1945. https://asso-buchenwald-dora.com/archives/dessins-de-thomas-geve/?highlight=dessin%20de%20thomas%20geve

Les camps ne sont pas tous « libérés » en même temps, mais au fur et à mesure de l’avancée des armées alliées sur les fronts est et ouest, les impératifs militaires restant prioritaires. Après Majdanek en juillet 1944, Auschwitz et Gross-Rosen en janvier-février 1945, ce sont ceux de Buchenwald et Dora début avril, puis Flossenbürg et Bergen-Belsen.

La situation des camps est diverse au début du printemps 1945, mais le point commun c’est que le régime nazi, malgré sa désintégration, continue malgré tout à alimenter « la machine infernale de la déportation de masse » (Bulletin Mémoire et Vigilance N° 90).

Le camp de concentration de Buchenwald1937-1945

En juillet 1937, la SS a fait déboiser la forêt sur l’Ettersberg près de Weimar et ériger un nouveau camp de concentration appelé Buchenwald («  le Bois de hêtres »). […] Après le début de la guerre, y sont déportées des personnes en provenance de toute l’Europe. Dans le camp de concentration sur l’Ettersberg et ses 139 camps extérieurs, près de 280 000 personnes au total sont emprisonnées. La SS les force à travailler pour l’industrie d’armement allemande.

À la fin de la guerre, Buchenwald est le plus grand camp de concentration du Reich allemand. (source https://www.buchenwald.de/fr/72/  Fondation des mémoriaux de Buchenwald et Dora)

L’étau des armées alliées se resserre en 1944-1945

L’Allemagne s’effondre sur le plan militaire, les troupes alliées progressent, depuis les frontières de l’Est pour les Soviétiques, depuis celles de l’Ouest pour les Américains, les Britanniques et les Français. (source FMD https://fondationmemoiredeportation.com/expo-la-liberation-des-camps-de-concentration/ )

Les dégâts infligés par les bombardements alliés aux infrastructures, aux voies de communications et aux usines désorganisent la production d’armement du Reich, mettant fin à ses espoirs de production d’armes nouvelles (les V1, les fusées V2 ou le chasseur à réaction Messerschmitt) avant l’écroulement final de tout l’édifice et la capitulation sans condition de l’armée allemande, le 8 mai 1945.

Les évacuations

C’est au début du mois d’avril 1945 que commence l’évacuation du camp de Buchenwald qui comprend alors environ 48 000 détenus.

L’évacuation des annexes, comportant 60 camps d’hommes et 26 de femmes, constitue la première étape. La partie appelée « Petit camp » – « l’enfer de Buchenwald » (Mémorial de Buchenwald) – sert de camp de quarantaine pour les détenus nouvellement arrivés. Son effectif passe de 6 000 début janvier 1945 à 17 000 début avril. La mortalité y est impressionnante.

Début avril, le commandant du camp, Hermann Pister, fait évacuer entre 12 000 et 14 000 Juifs sur Theresienstadt, en vue d’un échange « dans l’intérêt supérieur de l’Allemagne ». Jusqu’au 5 avril, il pense que les autres détenus doivent être livrés aux Américains, mais le 6, l’ordre d’évacuation générale tombe. Les évacuations s’échelonnent jusqu’au 10 avril 1945, pour 28 000 détenus environ.

Face au désordre entretenu par le Comité clandestin (voir ci-dessous) pour retarder les évacuations quotidiennes, les SS se livrent à de véritables rafles dans le camp. Le dernier convoi de 9 280 détenus part le 10 avril 1945, veille de la libération.

Évacuation de Buchenwald (par train et à pied) source FMD https://fondationmemoiredeportation.com/expo-la-liberation-des-camps-de-concentration/ )

Les troupes américaines délivrent des colonnes en marche et découvrent près de Dachau, un train de la mort venant de Buchenwald.

Le train de la mort de Buchenwald-Dachau : une des dernières tragédies 

Parti le 7 avril avec 4 480 détenus pour Flossenbürg, ce train fut dérouté vers Dachau, en raison de l’avance américaine. Les détenus venaient d’arriver à pied du camp annexe d’Ohrdruf, distant de 90 km de Buchenwald, dans un état d’épuisement total quand ils embarquèrent dans des wagons de marchandises fermés ou ouverts, à 90 ou 100 par wagon, sur de la poussière de charbon. Avec le froid et la pluie incessante, l’épuisement, le manque d’eau et la faim, les morts se multiplièrent. Le train traversa le territoire tchèque cinq jours durant.

À bord, un sous-officier SS, surnommé « le sergent tueur », abattait les détenus malades avec sa mitrailleuse en parcourant le train… Au cours des huit derniers jours que dura le voyage, le train devint un immense cercueil roulant. Puis les wagons et leur chargement de cadavres restèrent en pleine voie à proximité de Dachau jusqu’à l’arrivée des Américains. (source FMD https://fondationmemoiredeportation.com/expo-la-liberation-des-camps-de-concentration/ )

“On promène des morts dans la plaine Ce train qui roule D’une lenteur d’agonie S’enfonce dans les siècles Ainsi qu’un noyé.” Robert Desnos (Dernier poème) (source FMD https://fondationmemoiredeportation.com/expo-la-liberation-des-camps-de-concentration/ )

Contrôle du camp par les déportés, le rôle de l’organisation clandestine

L’organisation clandestine est née dès 1943, lorsque les communistes allemands parviennent à occuper les postes principaux de l’administration interne et recrute parmi les résistants des différents pays. Son action consiste à rechercher des informations sur la situation internationale et sur les intentions des SS. Elle développe l’entraide et la solidarité entre les détenus, le sabotage dans l’industrie de guerre et, vers la fin, prépare la résistance armée, en fonction des différentes hypothèses prévisibles.

Les différentes nationalités ont chacune un Comité, dont le Comité des Intérêts Français qui tente de retarder les départs et de dissimuler des détenus, juifs notamment (source FMD).

Le site de l’Association française Buchenwald Dora et Kommandos évoque chronologiquement le rôle de cette organisation de résistance, jour par jour, et même heure par heure pour la journée du 11 avril.

Extraits (texte complet sur le site de l’Association de Buchenwald)

6 avril : 46 détenus politiques soupçonnés d’être des dirigeants de la Résistance sont appelés par les S.S. mais le Comité international les prend en charge et les cache. Parmi eux, l’avionneur français Dassault.

7-10 avril : L’évacuation du camp se poursuit. Les Français organisent le sabotage de l’opération et y parviennent partiellement. Les quelque mille enfants juifs et tsiganes qui sont au « Petit camp » sont protégés et échappent à l’évacuation vers la mort.


Photographie d’un groupe d’enfants libérés de Buchenwald
https://asso-buchenwald-dora.com/

Les enfants de Buchenwald      

Le Comité clandestin a « conçu un programme de sauvetage pour ces enfants arrivant par transports successifs de l’est, et voués à l’extermination, et ce depuis l’arrivée du premier d’entre eux à Buchenwald depuis la Pologne, en aout 1944.

Voir le témoignage de Willy Fogel qui évoque ces enfants de Buchenwald (site de l’Association de Buchenwald-Dora)

Dans son témoignage, Willy Fogel évoque le cas de Juschu Zweig né le 28 janvier 1941 « introduit par son père dans un sac ».


Trois détenus libérés se promènent dans le « Petit camp » de Buchenwald avec le très jeune détenu Stefan Jerzy Zweig  ; près d’eux, le corps d’un détenu décédé, 11 avril 1945. Photo Gérard Raphaël Algoet (Belgique) ©Gedenkstätte Buchenwald/FNDIRP) source FMD

8 avril : Le Comité militaire international lance sur son émetteur clandestin caché au Kino un appel à l’armée américaine.

Extrait du témoignage d’un déporté : Une seconde dépêche est alors renvoyée. La réponse arrive, en anglais, et stipule: “KZ Buchenwald. Tenez bon. Arrivons à votre secours. Signé de l’État-Major de la IIIe Armée américaine.” Source Association Française Buchenwald-Dora

L’arrivée des Américains et la libération du camp le 11 avril 1945 : un cas unique dans l’histoire de la libération des camps nazis

Environ 21 000 détenus occupaient encore le camp. « Les SS l’évacuent sous la menace de l’avance américaine et des détenus dont ils n’ignorent pas les préparatifs » (site Association de Buchenwald-Dora)

Vers 15 heures, les derniers SS et le commandant du camp, Pister, ayant disparu, la direction clandestine décide d’entrer en action. Elle fait distribuer des armes préparées pour riposter à un mitraillage éventuel des SS et envoie des groupes de combat constitués selon la planification, sur des objectifs précis. Miradors et bâtiments de commandement et d’administration sont occupés sans résistance. Les détenus font plus de 200 prisonniers SS qui « seront remis en bon état aux armées américaines lorsqu’elles pénètreront dans le camp. Pendant le soulèvement, des détenus politiques de toutes nationalités assuraient la sécurité dans les blocks afin d’éviter la panique, le vol ou autres brutalités…

Les premiers militaires américains à pénétrer dans le camp sont deux Français, le sergent Paul Bodot et le lieutenant Emmanuel Desard, engagés dans l’armée américaine et qui patrouillaient en éclaireurs à l’avant des lignes » (Association de Buchenwald-Dora).

Le camp de concentration de Buchenwald s’est libéré lui-même, rendant la liberté à 20 000 détenus. (Association de Buchenwald-Dora).

Lorsque les Américains atteignent en avril 1945 Buchenwald et ses camps extérieurs, Dwight D. Eisenhower, le commandant en chef des forces armées alliées écrit : « Rien ne m’aura jamais plus bouleversé que cette vue. »(source : Mémorial de Buchenwald) On peut trouver l’histoire de la libération du camp, heure par heure, sur le site de l’Association de Buchenwald-Dora

Membres de la Brigade française d’action libératrice de Buchenwald avec le fanion, avril-mai 1945. ©Association française de Buchenwald-Dora (source FMD)

Entre libération et retour

Les témoignages évoquent les jours qui suivent le 11 avril: découverte des instigateurs de la résistance dans le camp, nomination de Joseph Brau médecin-chef du camp (4 700 malades sont transférés dans les casernes SS, un quart d’entre eux meurent les jours suivants), administration interne du camp libéré dirigée par un détenu politique allemand nommé par l’armée américaine; chargé d’assurer la sécurité et la survie de tous les détenus libres. Source

Source FMD

Le retour

Les conditions de retour des déportés furent très diverses. Pour le camp de Buchenwald, comme pour la majorité des « grands camps » », ce furent des retours collectifs organisés depuis ces camps et qui furent en général assez rapides.

La réadaptation à une vie normale fut difficile; elle se fit sans jamais oublier le Serment de Buchenwald, prononcé par des rescapés sur la place d’appel du camp de Buchenwald le 19 avril 1945, une semaine après la libération du camp.

Dessin N° 84 de Paul Goyard « L’obélisque du 19 avril 1945. Premier monument pour les morts des camps de concentration de Buchenwald, de Dora et des kommandos. »
« Des prisonniers avaient fabriqué l’obélisque dans les ateliers du camp. K.L.B. signifiait : Konzentrationslager Buchenwald (camp de concentration Buchenwald). Le nombre entouré d’une couronne de lauriers, 51 000, figurait le nombre supposé de morts. » Source Association Buchenwald-Dora
NOTRE IDÉAL EST LA CONSTRUCTION D’UN MONDE NOUVEAU DANS LA PAIX ET LA LIBERTÉ.
Nous le devons à nos camarades tués et à leurs familles. Levez vos mains et jurez pour démontrer que vous êtes prêts à la lutte. »
La revue de l’Association Buchenwald-Dora a pour titre Le Serment, en référence à ce “Serment” prononcé sur la place d’appel de Buchenwald par les déportés le 19 avril 1945.

Texte du serment dans son intégralité sur le site de l’Association Buchenwald-Dora

Sources : Association Buchenwald-Dora et Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Qu’elles soient toutes deux remerciées pour leur accord qui a permis la rédaction de cet article